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Contribution des communes
aux dépenses des écoles privées
M. le président.
La parole est à M. André Rouvière, auteur de
la question n° 987, adressée à M. le
ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement
supérieur et de la recherche.
M. André Rouvière.
Monsieur le ministre, je souhaite attirer votre attention sur une
situation qui interpelle beaucoup d'élus, et de tous bords
politiques : il s'agit notamment des conséquences
financières qui peuvent résulter de l'application de
l'article 89 de la loi du 13 août 2004.
Pour les communes de
résidence, cet article élargit l'obligation de participer
aux frais de scolarisation des écoles publiques et, depuis
l'entrée en vigueur de cet article 89, des écoles
privées.
Ce texte pose de graves
problèmes principalement aux communes rurales, mais aussi aux
communes urbaines, notamment aux écoles de quartier, et ce sur
plusieurs plans : maintien d'un effectif suffisant pour
éviter la fermeture de classes, notamment dans les petites
communes rurales ; règlement de sommes parfois importantes
pour des décisions que le maire et son conseil municipal n'ont
pas prises et, parfois, qu'ils ont même combattues !
Monsieur le ministre, le maire
de la commune de résidence est-il obligatoirement
consulté pour l'inscription d'un élève ou de
plusieurs élèves dans un établissement public
et/ou dans un établissement privé d'une autre
commune ?
Trouvez-vous normal qu'une
commune ait l'obligation de supporter des dépenses qui
résultent d'une décision prise par d'autres ? Dans
de très nombreux domaines, le principe
« décideur-payeur » est respecté.
Or, en l'espèce, c'est parfois celui qui refuse la
décision qui doit payer et non celui qui décide. Une
telle inversion des rôles me paraît dangereuse, notamment
si elle était généralisée.
Compte tenu de ces anomalies,
mon souhait serait que vous retiriez ce texte de loi, notamment
l'article 89. Mais comme vous n'en avez certainement pas
l'intention, ne serait-il pas possible de reconsidérer la
législation en donnant plus de poids à la décision
du maire de la commune de résidence et en limitant d'une
manière drastique les motifs de dérogations
scolaires ?
M. le président. La
parole est à M. le ministre délégué.
M. François Goulard,
ministre
délégué à l'enseignement supérieur
et à la recherche.Monsieur le sénateur, je vous
prie tout d'abord de vouloir bien excuser Gilles de Robien, qui n'a pu
être présent ce matin et qui m'a demandé de vous
communiquer les éléments de réponse à la
question que vous venez de poser.
Vous l'avez interrogé
sur la mise en oeuvre de l'article 89, baptisé
« amendement Charasse », de la loi du
13 août 2004 relative aux libertés et aux
responsabilités locales.
Les questions que vous
soulevez ont trait à l'inscription des élèves dans
les établissements publics et privés et à la
contribution des communes aux dépenses prises en compte pour
déterminer le montant de leur participation.
Sur le premier point, le maire
décide de la carte scolaire pour les inscriptions dans les
écoles publiques de sa commune. En revanche, il n'existe pas de
carte scolaire pour les inscriptions dans les écoles
privées. C'est le principe constitutionnel de la liberté
de choix des familles qui s'impose. Le maire ne peut donc fixer de
limitations en ce domaine.
Toutefois, la circulaire
interministérielle du 2 décembre 2005 émanant
du ministère de l'intérieur et du ministère de
l'éducation nationale prévoit que les directeurs
d'écoles privées informent - vous avez
employé le terme « consulter » - les
maires de la commune de résidence des élèves des
inscriptions dans leur établissement.
Sur le deuxième point,
de même qu'une commune participe, au travers du forfait communal,
aux dépenses de fonctionnement des écoles privées
situées sur son territoire, elle peut être amenée
à contribuer au fonctionnement des écoles situées
hors de son territoire, qu'elles soient publiques ou privées
sous contrat, qui scolarisent des élèves résidant
dans cette commune. Les dépenses de fonctionnement des classes
sous contrat sont prises en charge dans les mêmes conditions que
celles des classes correspondantes de l'enseignement public.
Pour l'application de ce
principe, des accords peuvent être passés entre les
communes, en respectant bien entendu la législation applicable,
en particulier le principe de parité posé par la loi
Debré de 1959.
Pour conclure, monsieur le
sénateur, je voudrais insister sur un point qui me paraît
fondamental : l'article 89 ne crée pas de nouvelles
obligations pour les communes ; la nouveauté qu'il
introduit, c'est qu'en cas de désaccord survenant entre deux
communes le préfet interviendra pour fixer la répartition
de leurs contributions respectives. C'est déjà le cas
s'agissant des écoles publiques. Telle est
l'interprétation que nous donnons de l'article 89 de la loi
de 2004.
M. le président. La
parole est à M. André Rouvière.
M. André Rouvière.
Monsieur le ministre, votre réponse ne me satisfait pas.
Je pourrais comprendre, sans
forcément l'admettre, que l'on traite de la même
façon l'école publique et l'école privée.
Mais, vous l'avez dit vous-même - et c'est tout à
fait paradoxal --, le maire maîtrise plus ou moins la carte
scolaire des écoles publiques, mais pas du tout celle des
écoles privées. On dit que ces deux types
d'établissement doivent être mis sur un pied
d'égalité sur le plan financier. Mais ils doivent alors
l'être complètement !
L'autre point qui me heurte,
monsieur le ministre, c'est que le décideur ne paie pas. C'est
comme si votre voisin, en vous informant qu'il part en congé,
vous disait que c'est à vous de payer ces vacances. Je
souhaiterais que le maire qui paie soit consulté pour
l'inscription de tel élève dans telle école
privée. Si sa réponse est positive, alors c'est
effectivement à lui de payer. Mais, dans le cas contraire, le
fait de l'obliger à payer me paraît être une
anomalie, d'autant que, pour des communes rurales notamment, cela pose
de sérieux problèmes. Quelle que soit leur appartenance
politique, les maires trouvent scandaleux d'avoir à payer.
Mme Hélène Luc.
C'est vrai !
M. André Rouvière.
Le paradoxe de cette situation, monsieur le ministre - je le
constate dans ma région, les Cévennes - c'est que
des écoles rurales sont maintenues ouvertes avec un effectif qui
est à la limite de l'acceptable.
Certains conseils municipaux
se battent depuis des années pour maintenir les petites
écoles. Si, pour des raisons qui ne sont pas toujours
pertinentes, les parents d'un ou deux élèves inscrivent
ceux-ci dans l'école d'une commune voisine, le nombre
d'élèves de l'école d'origine tombe alors
au-dessous de l'effectif limite ; l'école ferme et le
conseil municipal doit payer pour des élèves qui
provoquent la fermeture de l'école.
Cela ne vous choque-t-il pas,
monsieur le ministre ? La simple honnêteté
intellectuelle commanderait la modification de ce texte.
Cet état de fait
pénalise notamment des écoles rurales, mais parfois
également des écoles de ville : certains quartiers
perdent leurs écoles pour de semblables raisons. Une
réflexion objective est donc nécessaire.
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