LEcole
Ouverte des Bourseaux à St Ouen LAumône (95)
Témoignage/Débat du Samedi 11 Octobre 2003
au
Café de l'Ecole des Parents
http://www.cafe-des-parents.com/
(Transcription de Dominique Mihura, parent d'élèves)
Lécole des Bourseaux, cest
quoi ? cest qui ? quest ce quon y
fait ?
Patrick CLERC
(co-fondateur de lécole des Bourseaux, y a enseigné
pendant 20 ans, actuellement formateur chargé de la formation
continue dans le Val dOise) :
On a prévu de
commencer par une chronologie, de faire un ancrage historique de
ce projet ; ensuite on parlera de laction
institutionnalisante de léquipe, ce qu'elle a mis en
place comme espace, auprès de qui, et pour y faire quoi. Puis on
aura un petit moment de classe, avec une vidéo, pour que vous
puissiez voir dans quelle ambiance ça se passe, quels sont les
enjeux, pourquoi ça se passe comme ça et ce qui fait que
çapeut se passer comme ça. On attend de Monsieur de Peretti un
éclairage beaucoup plus général, de remettre un peu ce
« projet décole » (le mot
« expérience » ou « expérimentation »
me gêne un peu) dans une dynamique plus forte.
Au niveau de
lhistoire je trouve que c'est intéressant de la dire parce
ça peut donner à réfléchir par rapport aux enjeux du débat
actuel sur l'école, dans la mesure où je pense que les
Bourseaux cristallisent trois enjeux qui peuvent nous intéresser
pour comprendre de quoi on parle aujourd'hui.
De par notre
histoire je crois que l'on a quelque chose à voir avec
l'Education Nouvelle. Un petit rappel historique : Gaston
Mialaret, en 1969, met en place le CLEN (Comité de Liaison de
l'Education Nouvelle) ; actuellement existe le CLIMOPE
(Comité de Liaison des Mouvements Pédagogiques) rattaché à
lINRP qui a pour mission de faire en sorte que tous les
mouvements pédagogiques travaillent ensemble.
Dans notre
histoire, nous, on représente justement la rencontre de quatre
mouvements pédagogiques : on n'est pas une école
ICEM, on nest pas une école GFEN, on n'est pas une école
des CEMEA, on est une école qui a réussià construire son
projet en piochant un petit peu dans tous les mouvements de
l'Education Nouvelle et les mouvements d'éducation populaire
aussi, et à faire quelque chose d'original et de
particulier répondant à un besoin local, à une dynamique
locale.
On a aussi
quelque chose à voir au niveau de la recherche et de la
recherche INRP parce que ce projet réactualise une
recherche des années 70 de Legrand et Foucambert sur des écoles
expérimentales, sur les cycles et les cycles multi-âge ;
or notre organisation est une organisation en cycles multi-âge.
Et on a aussi quelque chose à voir avec le monde du politique
parce que c'est un projet qui est issu d'une décision politique,
d'une municipalité dunion de la gauche. Au niveau de
l'histoire, ça se passe en 1978 ; elle est le reflet d'une
volonté politique de montrer que ce qui était dans le programme
de la gauche n'était pas une utopie. On a donc aussi un ancrage
politique bien marqué.
Le conseil
municipal de Saint-Ouen LAumône qui est une commune du
Val-d'Oise dont le maire est Monsieur Alain Richard du parti
socialiste, connu puisqu'il a été ministre des armées, un
maire adjoint, Monsieur OLLIVRO, qui était aussi un militant de
la FCPE et qui était du parti communiste, décident, vu
quil fallait créer une école de toutes pièces, de
constituer un collectif pour réfléchir ce projet ; trois
ans avant que ce projet puisse exister réellement, il y avait
tout à construire. Et pour cela ils ont comme stratégie de
faire appel aux représentants des mouvements de l'Education
Nouvelle du Val-d'Oise.
Ont répondu à
l'appel :
-
lICEM/pédagogie FREINET (Institut Coopératif de l'Ecole
Moderne),
- le GFEN (Groupe
Français de l'Education Nouvelle),
- les CEMEA
(Centre d'Entraînement aux Méthodes de l'Education Active),
- les FRANCAS
(francs et franches camarades), mouvement déducation
populaire.
Pour grossir ce
groupe de réflexion la municipalité a fait appel aux principaux
syndicats présents : (je parle des anciens sigles) :
- le SNI. Ce qui
correspond au SNUIPP maintenant
- le SGEN.
L'inspecteur
départemental de l'époque était Monsieur Naviaux.
et des parents
d'élèves, mais qui vont venir un peu plus tard dans la mesure
où la particularité de l'école est de se construire en même
temps qu'un quartier, les parents sont arrivés notamment au
cours de l'année 80.
C'est donc un
projet qui a été réalisé et réfléchi de 1978 à 1980. La
première année scolaire, l'ouverture a été en septembre 80.
La caractéristique est quil y a tout de suite eu un
travail en partenariat avec une large représentation des
partenaires de l'école, qui étaient sur des orientations de vie
coopérative. Ce qui me semble assez extraordinaire à la
lumière de ce qui se passe aujourd'hui c'est que la
municipalité, le conseil municipal avait édité un texte, en
1978, qui était un texte éducatif donnant un petit peu
les orientations éducatives, chose qu'une commune et quun
maireà lheure actuelle ne se permettraient pas vue
l'ambiance puisquil y a une dérive (cest un jugement
que je porte) très gestionnaire des écoles, mais dans ce texte
la municipalité demandait à cette commission de réfléchir en
termes de vie coopérative, de solidarité, de lien social, de
citoyenneté, et donc d'élaborer un projet qui n'était plus, de
par la commande, seulement éducatif et pédagogique, mais qui
avait vraiment un projet politique en amont à réfléchir.
Pendant ces trois
ans cette équipe et les architectes ont construit un espace
ainsi qu un projet que l'on a appelé une charte, qui se
décline autour d'un projet politique et éthique, d'un projet
traduit en projet éducatif qui lui-même est traduit en projet
pédagogique. Et donc cette cohérence qui va de l'énoncé de
valeur d'une certaine éthique, dune philosophie de vie à
sa réalité au jour le jour avec les enfants, cette cohérence a
toujours guidé le travail de l'équipe. Quand on parle de
travail d'équipe pour nous ça a tout le temps été de tenter
d'être le plus cohérent avec les idées qu'on énonçait.
Il y avait alors une circulaire qui existait, la circulaire
DEygout, qui permettait à des enseignants d'être
nommés en équipe dès lors que l'architecture était à aire
ouverte ; or c'était la proposition architecturale qui
avait été faite, c'est une école sans porte. On a donc pu
obtenir en 1980 un stage qui était autogéré par l'équipe et
multi-statutaire puisque l'équipe qui a pensé l'école était
composée denseignants mais également danimateurs
qui allaient être aussi dans l'équipe puisque la volonté de la
commune était de mettre en place un centre de loisirs associé
à l'école qui fonctionne aussi en temps scolaire, et des ATSEM,
les aides maternelles, qui étaient présentes aussi dans
l'équipe. Là c'était un petit coup de force parce qu'il
y avait deux types de personnel qui était du personnel communal
qui allait être formé par l'Education Nationale au sein de
l'école normale, chose qu'on narrive plus à faire à
lheure actuelle.
L'une des
orientations dès 1980 était dorganiser le regroupement
des enfants en cycles multi-âge en s'appuyant sur les
expérimentations faites Legrand et Foucambert et en allant
visiter lors de ce stage les écoles qui fonctionnaient déjà en
cycles multi-âge, par exemple Pierre Fraval, Hérouville St
Clair et d'autres. Donc l'architecture de l'école et cette
décision de travailler en groupes multi-âge sont complètement
cohérents. Le mode de nominations des enseignants, des
animateurs et des ATSEM sur l'école a toujours été
réfléchi ; on a toujours tenté de reconduire le stage
multi-statutaire mais c'était difficile ; ça na pu
être reconduit qu'une seule fois. Ensuite c'est devenu un stage
enseignants, ce qui nous a obligés à mettre en place d'autres
filtres pour rentrer dans l'équipe, au
niveau de la municipalité. Et depuis deux ans ce stage n'existe
plus par décision assez violente de notre inspecteur
académique. Quand je dis violente cest qu'il n'y a pas eu
du tout de consultation.
Q :
Qu'est-ce qui vous a été renvoyé par l'inspecteur pour que ça
s'arrête ?
Patrick
CLERC : Le stage était trop coûteux. Alors que, pour
la petite histoire, ce sont des stages qui étaient
autogérés ; ça fait sept/huit ans qu'on travaille avec le
CRESAS et suite à ce travail de recherche on a déplacé un peu
le stage en offrant à la formation continue un stage qui était
organisé par l'équipe des Bourseaux mais qui traitait
dune problématique qui était la gestion de
lhétérogénéité par les pratiques coopératives et
interactives, donc une problématique qui intéressait tout le
monde. Quand ladministration nous a renvoyé que ce stage
était trop coûteux ça nous a fait sourire parce que les
membres de l'équipe sinscrivaient comme stagiaires pour
avoir le temps de former et daccompagner les autres
collègues. On perdait alors notre crédit stages; ça nous
a donc coûté à nous, mais pour ladministration
cétait peu coûteux.
Cest
quelque chose quon na pas encore compris, nous sommes
restés sur ce malentendu quon gère encore
aujourdhui.
Donc Marianne
la formation, la recherche, trop coûteux ?
Marianne Hardy
(chercheur au CRESAS) : Je ne suis pas décideuse je ne suis
donc pas à laise avec cette question. Je pense que le
coût de la formation cest des coûts en remplacement. Donc
si ça ne rentre pas dans les priorités académiques
mais
ça on le voit dans toutes les inspections académiques. Il y a
des priorités gouvernementales qui sont relayées par les
recteurs, les inspecteurs, et puis il y a des choix à faire et
comme il y a un nombre de remplaçants limités, ces choix
doivent correspondre généralement aux priorités qui changent
chaque année. Alors cette année si c'est mathématiques,
nouveau programme en mathématiques au cycle 3, on va mettre les
moyens là-dessus. Un des problèmes de la formation est de
servir tout le monde plutôt que de creuser un sillon de
réflexion, enfin d'après moi.
Monsieur de
Peretti, que pensez-vous de ce papillonnage actuel ?
André DE
PERETTI (psychosociologue) : Effectivement il y a une
incertitude, voire beaucoup de difficultés mais c'est une belle
histoire. Depuis le temps que nous connaissons l'éducation
nationale, simplement sur un siècle et demi, on s'aperçoit que
les Français passent leur temps à construire certaines choses
puis à les démolir pour les reconstruire. Il y a un
oubli fondamental de ce qui a été fait, de la qualité
de ce qui est fait et ça continue. La mise en cause de juin 89
est aussi très intéressante. L'opinion française de siècle en
siècle discute de l'époque, fait des progrès, fait des trucs
mais surtout manifeste un oubli radical et je suis effaré de
voir les initiatives et les audaces, il y a 30 ans, il y a 25
ans, qui sont oubliées. Le lieu de souplesse change parce que
malgré tout les enseignants sont inventifs, ils arrivent tout de
même à jouer. Mais l'ensemble effectivement est quelque chose
de tout à fait vécu. Il suffit dun changement
dinspecteur dacadémie ; j'ai connu des
inspecteurs d'académie qui vous soutenaient à fond. Et puis ils
changent et il suffit qu'ils n'aient pas le même goût, il
suffit qu'il y ait un recteur qui change aussi. Les fluctuations
sont liées aux fantaisies des personnes en même temps, le
système français est classique, nous mettons en place une
terrible réglementation parce que finalement chacun joue par
rapport à cette réglementation. Donc ces réglementations sont,
à chaque instant, abstraites et fictives, par rapport à la
réalité.
Je suis parent d'élève dans un
établissement français au Burkina Faso. Je suis de passage et
jen profite pour venir à ces réunions qui m'intéressent
beaucoup, et je suis ancien membre du conseil d'école. La
question que je voulais poser, je ne connais pas du tout
lécole du Bourseaux, mais vous parliez de valeurs qui
débouchent sur des principes pédagogiques, est ce que vous ne
pouvez pas mettre un nom sur ces valeurs qui sont prônées dans
cette école et sur quels principes pédagogiques vous travaillez
mis à part le multi-âge ?
Patrick CLERC :
Le choix que nous avons fait cest justement de partir d'une
pratique de classe qu'on va voir et de tirer sur ce que ça veut
dire au niveau des enjeux, des valeurs, pour que les enfants
arrivent à vivre ça.
Vous avez
précisé que le maire et sa municipalité en général avaient
fait ce projet. Pourquoi faire un projet alors que l'on peut se
contenter de gérer quand on est élu : on a tant de
population et on applique un coefficient, on sait combien il y
aura de classes et cest tout ce quon nous demande.
Donc pourquoi ? quel constat sous-jacent avait été fait
pour vouloir faire un projet, en dehors d'une ambition qui
est plus que louable ? Il y avait-il un constat particulier
et une difficulté particulière ou simplement cétait un
quartier neuf où ils ont eu l'idée d'avoir un projet éducatif,
un projet politique autour de ce quartier ?
Patrick CLERC :
L'analyse que jen fais, qui n'est que la mienne, qui
n'engage que moi, je pense que ça ne peut s'expliquer que par la
dynamique politique du moment. On était dans une dynamique
dunion de la gauche donc c'est vraiment particulier à ce
moment là et il y a une urgence de montrer que tout ce dont la
gauche était porteuse n'était pas une utopie, que ça pouvait
s'inscrire dans du réel. Là il y a une opportunité de
construire une école puisque l'on est dans une dynamique de
ville nouvelle (c'est des champs de maïs qui dun seul coup
deviennent des bâtiments) et je pense qu il y a eu une
volonté politique de profiter de ça, de cette opportunité la,
pour montrer que ce dont était porteur le programme commun
était réalisable. Pour l'instant je ne suis capable de dire que
ça. Je pense que ça peut nous aider en analysant ce qu'on est
en train de vivre maintenant.
On va passer le petit film. On va
rentrer dans l'école dun point de vue plus institutionnel
en essayant de voir les espaces, les moments de rencontre des
enfants, des adultes, les membres de l'équipe, les parents.
Florence
ALLAIN (enseignante à lécole ouverte des
Bourseaux) : Tout à l'heure Patrick vous parlait de
cohérence architecturale : notre école est construite en
cercle (doc 1) autour de deux lieux de vie
importants qui sont la BCD (la bibliothèque) et la salle
polyvalente. Tout autour de ces deux espaces, on a le centre de
loisirs, le CLAE, et puis nous avons le cycle 3, le cycle 2, le
cycle 1. Nous avons une organisation et des instances qui
sont importantes. Quelque chose qui est très important pour le
projet décole, cest l'Association ; cest
un lieu déchanges, et c'est là où se jouent la
co-éducation, la participation des parents et des enseignants au
projet décole. Comme autre instance il y a léquipe
pédagogique qui est composée des enseignants de lécole,
des animateurs permanents qui travaillent sur lécole et
des ATSEM qui travaillent sur le cycle 1, et il y a une ATSEM
aussi sur le cycle 2 pour les grandes sections en 1ere année. On
se rencontre de façon hebdomadaire en équipe pour régler tout
ce qui peut être la gestion de lécole et puis de façon
hebdomadaire, il y a deux réunions de cycles où on règle les
emplois du temps et les choses plus particulières aussi.
Notre direction
est associative c'est-à-dire que toute les tâches et les
responsabilités qui sont théoriquement données au directeur de
lécole sont partagées entre tous les membres de
léquipe pédagogique. Ensuite il y a linstance du
conseil décole, qui est classique comme dans toutes les
écoles et qui est obligatoire, mais là il y a des représentant
denfants : il y a au cycle 3 des élections
denfants qui sont présents au conseil décole.
Patrick CLERC :
Et des représentants de parents qui assistent aux réunions
déquipe tous les lundis soirs parce quon a
considéré que trois fois par an pour cette école cétait
un peu juste, surtout au niveau de la communication et de
léchange des informations.
Florence
ALLAIN : notre réunion est de 19h30 à 21 h30, et à 21
heures il y a un point infos, où les représentants de parents
sont invités.
Dominique
MUNIER (enseignante à lécole des Bourseaux
jusquà lannée dernière) : Ce que lon
essaye de vivre avec les enfants cest ce que lon
tente de vivre avec les adultes, les enfants travaillent ensemble
avec des interactions, comme les adultes : on
travaille ensemble, on a des réunions ensemble, comme les
enfants. On partage de la même façon.
Florence
ALLAIN : Les animateurs font partie de léquipe
pédagogique et travaillent sur le temps scolaire sur des projets
denfants et des projets de cycles et ce sont eux qui ont en
charge laccueil du matin, laccueil du soir, eux plus
du personnel vacataire.
Présentation de
léquipe pédagogique :
Depuis cette
année, officiellement lécole nest plus une école
maternelle et une école élémentaire, mais est devenue une
école unique primaire ; ce que lon nomme
coordonnateurs, cest en fait les personnes qui ont la
charge officielle de la direction, il ny a donc maintenant
plus quune seule personne qui est nommée
officiellement ; mais comme cest une charge importante
et lourde, il y a un autre membre de léquipe qui la
seconde, officiellement au niveau de léquipe mais pas
officiellement au niveau de linspection.
Lors des
premières réunions déquipe ça donne lieu à un détail
des tâches et des responsabilités. Il y ladministratif,
la gestion des lieux, lAssociation de lEcole Ouverte,
et puis il y a les relations avec le personnel de service et de
cantine qui est un personnel communal. On essaye réellement à
chaque fois de réunir autour de ces responsabilités les
animateurs et les ATSEM.
Dominique
MUNIER : Ca aussi cest quelque chose qu'on partage
avec les enfants dans les groupes vie : chaque enfant a une
responsabilité.
Florence
ALLAIN : Ce serait notre organisation de vie coop comme on le
vit dans la classe quand on parle des responsabilités et qu'on
distribue les responsabilités aux enfants ; on fait le
point, on fait le bilan. On vit nous en tant quadultes la
vie coop que les enfants vivent eux aussi au quotidien.
Le contrat
minimum dengagement (doc 2) des membres de
léquipe par rapport à des points quon juge
importants, il y a eu des fois où, par exemple, pour animer un
groupe denfants, on sest trouvé, par rapport aux
ATSEM, un peu en porte-à-faux avec la municipalité qui nous
rappelle fréquemment quelles ne sont pas là pour animer
des groupes, mais pour nous elle font partie de léquipe
pédagogique, elles ne le font pas sans être encadrées et sans
concertation.
Comme notre
direction est partagée, Maïté, qui a la coordination cette
année, reverse son indemnité de direction sur un compte
associatif. Sur ce compte là sont reversées les indemnités de
direction, les indemnités que les collègues du cycle 3 touchent
pour partir en classes transplantées, les indemnités dIMS
(Instituteur Maître Formateur), les instits qui accueillent des
enseignants stagiaires et puis quand on reçoit à titre
temporaire des enseignants dans nos classes ; et cest
reversé pour une bonne raison, cest quon est tous à
accueillir, on est tous à prendre des responsabilités de
direction et on est tous à partir en classes transplantées.
Dans un souci de partage et déquité, les indemnités sont
reversées sur ce compte qui nous sert ensuite à payer des
stages à léquipe, à payer des choses qui nous facilitent
la vie quotidienne, à nous permettre de prendre des centres
dhébergement : quand on est parti écrire le livre,
on a loué des gîtes et on a payé grâce à ce compte là.
Patrick CLERC :
Ce contrat, on la élaboré parce quà partir de
1982, on na plus eu loccasion de faire le stage
multi-statutaire, cest devenu quun stage enseignants
et on a donc eu comme action de monter au niveau de la
municipalité une commission consultative dembauche du
personnel communal qui allait travailler aux Bourseaux. Il
fallait le justifier par rapport à des tâches différentes,
cest-à-dire que les ATSEM qui allaient venir travailler
là nallaient pas avoir les mêmes tâches quune
ATSEM dans une autre école, de même pour les animateurs.
On avait besoin
de faire ça, ça a duré assez longtemps, ça a plus ou moins
bien fonctionné parce quil fallait quon soit
vigilant
cest ce que disait Monsieur de Peretti tout
à lheure : le maire na pas changé, mais les
conseils municipaux ont pas mal tourné, le maire a été absent
de la commune pas mal de temps lorsquil a pris en charge le
ministère des armées, donc il y a eu des changements de
personnes, et dès quil y a changement de personnes,
effectivement, si on na pas institutionnalisé un cadre,
cest difficile de perdurer, et même avec un cadre
institutionnalisé, on a quand même du mal.
Dominique GUIN
(parent délève, membre de lAEOB) : Quand je
suis arrivée sur St Ouen LAumône, il y a 11 ans,
javais une petite idée de ce que javais envie pour
mes enfants et lidée cétait aussi que lécole
cétait pas un lieu cloisonnant, mais que ça pouvait être
ouvert, un lieu déchanges, un lieu de participation et
donc notre arrivée familiale sur lécole, cétait
vraiment une démarche volontariste qui dabord na pas
été concrétisée puisquil a fallu dabord que nos
enfants intègrent le circuit normal avant dobtenir une
dérogation. Rapidement, dans cette école, il y a une dimension
qui mest apparue fondamentale, cest la dimension de
laccueil, cest-à-dire que jai rencontré des
enseignants et particulièrement un enseignant qui ma dit
que javais des choses à y faire, dans cette école, et que
je pouvais être accueillie. Et cest donc comme ça que le
travail avec lécole des Bourseaux a commencé.
LAssociation
de lEcole Ouverte des Bourseaux (AEOB) cest
une dimension collective et collégiale qui fait un peu écho à
ce qui se passe avec les enfants au sein de lécole,
cest-à-dire que lassociation est composée dun
conseil dadministration qui est composé
denseignants, danimateurs et de parents
délèves et qui travaillent effectivement autour de
projets qui sont débattus et produits dans des commissions (doc
3). Ces commissions sont autonomes ; elles sont toutes
animées par un coordinateurqui est membre du conseil
dadministration, qui est le relais et la passerelle auprès
du conseil dadministration qui est à la fois un organe
exécutif et un organe de réflexion. Ce travail en association,
cette dimension de la co-éducation et de la coopération, ça
venait aussi mettre à mal les idées de militance et de
revendications et de rapport antagoniste avec lécole,
cest-à-dire que par ailleurs, effectivement, je suis
militante dune fédération : jai appartenu et
jappartiens encore à une fédération de parents
délèves, mais jétais un peu limitée dans ma
vision et dans mon implication par rapport à lécole dans
le sens où moi javais envie de construire avec, et de
construire ensemble, sans pour autant empiéter sur laspect
pédagogique des choses parce quà chacun son boulot mais
quon avait peut-être aussi à y gagner, et à y gagner
aussi ensemble avec nos enfants, les miens en propre mais aussi
ceux des autres, et que pour la première fois dans mes relations
avec lécole je rencontrais des enseignants, des animateurs
et dautres parents qui avaient lidée que
cétait ensemble quon pouvait co-évoluer,
co-construire, et quon pouvait y compris faire évoluer ce
quon appelle actuellement, enfin cest un peu la tarte
à la crème, je trouve, la notion de parentalité, et que moi
javais un peu envie de casser limage du parent
professionnel ou du parent hostile ou du parent dont on a peur,
et moi aussi je peux avoir très peur de mes relations avec
lécole, et donc de rencontrer aussi des gens qui de toute
manière nauraient pas eu accès à lécole et
cest grâce à ces projets qui peuvent être pour certains
très ambitieux et pour certains moins ambitieux cest à
dire autour de réaliser une fête de fin dannée ou
accueillir les jeunes enfants avant quils arrivent à
lécole, mais que cette dimension du partage et du réussir
ensemble, cest à dire quon avait tous des
compétences, et que ces compétences elles couvraient largement
le quartier, vous savez que cest un quartier pavillonnaire,
cest pas Garges Les Gonesses dans ses aspects les plus
compliqués, mais cest aussi un quartier qui a des
difficultés sociales, cette idée que grâce à lécole ou
avec lécole on pouvait venir lutter contre les ruptures de
lien et faire du lien, ça sincarnait autour dun
discours théorique, mais aussi des choses très très concrètes
où effectivement moi avec mon engagement et mon idéologie je
pouvais aussi rencontrer des mamans du foyer Sonacotra qui
venaient aussi mapporter des choses et réaliser ensemble
des choses très concrètes etéchanger autour de ça, et elles
pouvaient aussi avoir une idée sur comment leurs enfants
pouvaient venir à lécole, avec des mamans et des papas du
foyer, il y a un foyer effectivement avec des enfants qui sont
placés par laide sociale à lenfance, et aussi des
instituteurs qui pouvaient imaginer que les parents et bien ils
nen avaient même pas peur et que autour de ça, sur des
actions parfois pro-locales et pro-concrètes, il y avait des
choses un peu plus ambitieuses autour de laccès à la
lecture et autour de laccès de la fête du livre, avec la
gestion du Centre de Loisirs Associé à lEcole,
cest-à-dire effectivement de penser non seulement
lécole mais aussi tout ce qui est autour de lécole,
le temps libre de nos enfants, et quautour de ce temps
libre, on pouvait aussi imaginer construire des choses ensemble
et cette dimension du collectif vécue ensemble dans la
co-éducation, même si elle était présente par ce quon
avait élaboré en famille, si jose dire, dautres
peut-être qui participent via lassociation à ce travail
là, ça prend sens pour eux au quotidien dans la réalisation
des projets à la fête de fin dannée, Noël, les classes
transplantées, lidée aussi de soutenir cette idée là
où tous les enfants du cycle 1 au cycle 3 puissent partir en
classes transplantées pour des parents. Imaginez aussi faire
partir des tout petits cest pas forcément évident,
préparer le lien avec lécole, avec laccueil des 2/3
ans et imaginez que ces séparations, peut-être que cest
compliqué parfois et que ça peut mieux se placer en imaginant
quavec dautres parents on puisse effectivement faire
partager notre expérience et nos compétences. Ca fait 11 ans
que je suis dans cette dynamique, moi je continue à penser que
cest une dynamique qui doit être réinterrogée tout le
temps et ça cest pas facile parce quil y a des
moments dusure, des moments de fermeture, cest
normal, qui sont effectivement liés au contexte social. Tu
parlais, Patrick, du soutien massif de la municipalité, quand
moi je suis arrivée il y a 11 ans, il y avait tout un tas de
fantasmes autour des Bourseaux : « cest une
école où les enfants décident des programmes, ils courent
partout, il ny a pas de cahiers, ils ne suivent pas les
instructions officielles, cest compliqué et ils ont 46
projets en même temps alors que lapprentissage de la
lecture et les mathématiques cest le dernier de leur
souci », et cest des choses quon a pu entendre,
y compris dans des instances où on nimaginait pas que ça
pouvait être entendu, donc cest cette dimension du
partenariat, qui est aussi un mot que je trouve un peu galvaudé,
cest faire avec, cest faire ensemble, cest
faire aussi quelque chose qui moi me resitue sans arrêt, je ne
sais plus à qui je disais ça lautre fois, on fait des
réunions de régulation une fois par semaine en famille,
cest aussi avec les enfants que les choses co-évoluent et
cette évolution, cette dynamique la, je suis humble par rapport
à ça, parce que jai limpression que jai aussi
bougé en lien et en écho avec mes enfants parce quil y a
cette dynamique la qui sest mise en place. Cest vrai
que linquiétude que je peux avoir maintenant que le
dernier va passer au collège
en même temps il y a des
choses qui restent
laînée est en terminale, cette
notion de coopération, de solidarité, ces valeurs dont on a
toujours parlé, sappuyer sur les compétences plutôt que
sur ce qui ne va pas, sur les adultes, ça vient résonner en
écho ; cest une dimension qui me semble complètement
essentielle et qui fait aussi que ce que je disais sous forme de
boutade « même pas peur », la dimension de la
mutualité des chances, cest apprendre à se connaître et
pour ça aussi être reconnus. Cette reconnaissance mutuelle elle
sest construite au fil du temps.
Monsieur de Peretti, en quoi ce
genre de dynamique, dorganisation, de travail consensuel
peut apporter aux questions que se posent les parents, en quoi
ça peut apaiser les violences, aider les enfants à mieux
apprendre ?
André de
PERETTI : Je crois quil y a une cohérence
fondamentale par rapport à la notion de citoyenneté, les
séparations radicalisées de catégories cest quelque
chose de moins en moins possible.
La reconnaissance
du droit des enfants elle est de 1789 et non pas de 1789. on
était parent, tout était séparé, avec des aspects non pas
dinteractions mais de contestations ? de même à
lorigine, vous lavez bien dit, vous nêtes pas
partie avec une seule des créations de pédagogie, vous avez
pris à la fois lICEM, le GFEN, lOCCE, également les
FRANCAS etc
à un moment donné ça a été une de nos
batailles des années 68 de faire que eux aussi, les mouvements
pédagogiques, au lieu de se regarder de travers coopèrent, et
je me souviens, jétais dans le bureau dEdgar Faure
au moment où son directeur de cabinet lui annonçait que le
Général de Gaulle sen allait, et moi je voulais extorquer
de largent pour faire une réunion des mouvements de
lépoque.
Il y a eu
interaction en complémentarité du milieu politique, des milieux
familiaux, du milieu enseignant. Le phénomène des loisirs ne
sest pas rigoureusement séparé de lécole, ça peut
être relié.
A lheure
actuelle, tout ce qui est ségrégatif dans le sens dune
pseudo conception de Descartes dans lequel tout ce qui est clair
devrait être séparé mais au contraire, plus cest clair
plus ça doit être en cohérence en reliance avec les autres. On
entre dans la grande catégorie de la complexité : ce que
vous avez montré, les différentes projections, je me
réjouissais de voir que cétait complexe. Il ny a
pas de simplisme plus dangereux que de croire quon va faire
des choses séparées, claires ; non, non, les choses sont
à chaque instant vivantes, la vie nest pas en morceaux.
Dailleurs on oublie que Descartes navait pas une
logique aussi coupante. Ca, ça a été le côté un peu
absolutiste du tempérament français quon retrouve un
petit peu à lEducation Nationale, beaucoup à
luniversité.
Les parents ne
sont citoyens que sils participent à la citoyenneté,
sils participent à des dialogues, sil y a des
actions de réflexion ? Quel mal il a fallu pour les
collèges et les lycées dintroduire les élèves
délégués, et puis cest un rôle isolé, cest une
texture de rôle. Il faut montrer aux enfants quils peuvent
faire quelque chose sinon ce nest pas enthousiasmant ni
pédagogique.
Je suis la petite Marie, je
nai pas envie dapprendre, je suis dans la lune, alors
que fait-on quand on a à faire avec la petite Marie et
quon est enseignant aux Bourseaux ?
Carl MINAULT
(enseignant à lécole ouverte des Bourseaux) : La
petite Marie qui na pas envie dapprendre ?
Javais justement envie de vous montrer en vidéo un moment
dapprentissage au cycle 2. je le rappelle ; au cycle 2
on trouve des enfants qui sont en GS, CP, CE1.
Ce moment
sappelle « la phrase grammaticale » (doc 4).
Cest un peu un rituel, cest quelque chose quon
fait tous les mardis dans les groupes du cycle 3.
Concrètement : un enfant propose une phrase et cest
cet enfant qui en fait lanalyse grammaticale. Il analyse la
nature des mots au cycle 2, puis en grandissant on va un peu plus
loin avec la fonction des mots.
Vidéo :
« jarrose les plantes ».
Carl MINAULT :
Si on observe la situation, les enfants sont dans un coin un peu
inhabituel, ils sont dans ce quon appelle « le coin
réunion » : dans chaque classe, dans chaque groupe en
fait, on a un petit endroit au fond de la classe quon
appelle « le coin réunion ». Ca change du modèle en
rang doignons et ça en dit beaucoup sur la relation au
savoir, parce que le coin réunion favorise les échanges et la
discussion. Tout le groupe est là. Si on observe le rôle de
chacun , il y a un élève de 3ème année qui est
animateur, cest vraiment lui qui gère la situation, et on
a Virgil qui présente sa phrase. Virgil est 3ème
année, le petit garçon est 2ème année et la petite
fille est 1ère année. On se rend compte que si, au
début, le problème était plutôt celui de Virgil, et bien peu
à peu chaque enfant récupère le problème et le problème de
Virgil devient le problème de tous. Et puis il y a une autre
personne mais quon entend peu finalement, cest
ladulte du groupe qui laisse un grand espace de parole aux
enfants. Elle intervient quand il y a un enjeu, quelque chose
dimportant qui se joue, elle pointe, elle focalise sur le
point intéressant et elle remet en route la discussion entre
enfants.
Ce sont des
classes décloisonnées ou ce sont des classes à plusieurs
niveaux dans la même classe ?
Ce sont des
classes à plusieurs niveaux.
Est-ce une
action volontaire de lAssociation davoir plusieurs
niveaux ?
Patrick
CLERC : Chaque groupe vie représente un cycle. Il y a
un enseignant référent dans chaque groupe vie. Cest une
organisation. Dans dautres écoles, certains ont choisi
davoir un grand cycle et 7/8 enseignants sont à
disposition du cycle et, selon les projets, laissent les enfants
se dispatcher. Nous on a fait un autre choix, le choix dune
inscription dun gamin dans chaque histoire du groupe avec
un adulte référent et 20, 25 ou 30 enfants.
Dominique
MUNIER : Et cest réparti à parts égales :
1/3 1/3 1/3
Cest-à-dire
que pour les trois années les élèves restent avec le même
enseignant ?
Patrick CLERC :
Oui, sauf sil y a un problème ; on nest pas
fermé. Le principe cest moins dêtre avec un adulte
que dêtre constructeur de lhistoire du groupe.
Je voudrais
savoir, dans cette école, est ce que le niveau est homogène,
hétérogène, par rapport aux autres écoles, est-ce la même
chose ?
Patrick CLERC :
Cest complètement hétérogène.
Dominique
MUNIER : Il y a les enfants du quartier, plus les
dérogations volontaires.
Ladulte
de référence change à chaque cycle ou à chaque année
scolaire ?
Carl MINAULT :
A chaque cycle, sauf départ. Le groupe se renouvèle dun
tiers tous les ans.
Patrick CLERC :
Et on parle en termes de 1ère, 2ème et 3ème
année. Lenfant a 3 ans. Il nest pas inscrit dans un
niveau, il est inscrit dans une année, dans une ligne
chronologique de 3 ans.
Carl MINAULT
(revenant à la vidéo) : Ce quon observe, cest
un moment de résolution de problème, un problème grammatical,
les enfants essaient de le résoudre entre eux avec parfois
lintervention de ladulte.
Dominique
MUNIER : Ce qui me semble important cest
quen fait les problèmes sont amenés par les enfants. On
na pas décidé de faire un jour le cours sur le
« j sujet », on ne la pas choisi. Je
crois que cest important dêtre à lécoute des
problèmes quand ils se posent et de ne pas avoir prévu
davance des choses trop rigides.
Vous suivez le
programme ?
Carl MINAULT :
En fait le lundi matin cest la « réunion
coopérative » où les enfants peuvent proposer une idée,
ensuite on en discute ensemble. Un enfant propose lidée,
nous, derrière, on essaie de retranscrire ça en objectifs, on
est rattachés à un programme. On ne fait pas ce quon veut
dans nos classes. On ne peut pas faire nimporte quoi.
Ces moments là
sont très riches : à partir dune idée le copain
dà côté renchérit et petit à petit on met en place un
projet, cest intéressant à vivre et ça a vraiment du
sens pour les enfants.
Dominique
MUNIER : Par rapport aux programmes, les enfants du
cycle 2 proposent une phrase de leur âge, et donc ça correspond
bien aux programmes de leur âge. Et ils se trouvent avec des
problèmes de leur niveaux.
Carl MINAULT :
En voyant le film on sest demandé ce qui permettait de
vivre des moments comme ça, et cest tout simplement la vie
coopérative ; cest ce quon y apprend qui
peutêtre remobilisé dans les apprentissages parce quon
est bien à lécole.
Si on décline
les enjeux de la vie coopérative, on va vous parler de
solidarité, de coopération, de tolérance, ça ce sont des
principes, après ce qui est intéressant cest de voir
concrètement comment ça se vit. Il y a dans ce film un niveau
découte assez important et une grande tolérance. On ne
voit pas denfants qui se moquent, on est vraiment là à
chercher la bonne réponse et on a le droit de se tromper car on
sait que cest aussi en se trompant quon avance,
cest par paliers.
La vie coop (doc
5) cest vivre ensemble : en début dannée
chaque groupe sinstalle, trouve un peu son mode de
fonctionnement. Même si on naccueille quun tiers de
nouveauxélèves, on accueille des nouvelles personnes avec des
nouvelles idées et des nouvelles envies. On sinstalle donc
en début dannée, on a besoin de matériel donc on fait un
bon de commande, on des besoins, on les liste, on essaie de les
retranscrire en responsabilités ; chaque enfant a, dans un
groupe, une ou plusieurs responsabilités, au même titre que les
adultes de léquipe. Une des responsabilités de
lenfant va être de faire lappel, de gérer le coin
bibliothèque de la classe, danimer des réunions qui ont
lieu tous les matins (laccueil), darroser les
plantes, dêtre facteur, délégué
il y en a
beaucoup.
Sinstaller
en début dannée cest aussi essayer de composer avec
toutes les personnes qui sont dans le groupe, cest-à-dire
des 1ères, des2èmes et des 3èmes années. On demande aux
enfants de se mélanger : le 1er critère est
quil faut des 1ères, des 2èmes et des 3èmes années, 2ème
critère : garçons et filles mélangés, 3ème
critère : ce nest pas parce quon est les
meilleurs copains du monde quon va forcément bien
apprendre ensemble.
On travaille
beaucoup aussi sur les règles de vie : «jai le droit
daller lire un livre à la BCD pendant la détente»
«à condition de respecter cet endroit, le livre, le calme
dont on a besoin quand on veut lire un livre ». Ce ne sont
pas des règles de vie comme on peut voir parfois :
« je nai pas le droit de
je nai pas le
droit de
» avec une liste dinterdictions qui
nen finit pas.
On a des
instances régulières, hebdomadaires :
- réunion
coopérative le lundi matin
- tous les
matins on se retrouve dans ce « coin réunion ». Là
on a plein de rituels qui ont leur importance :
lappel, la date, la phrase grammaticale, un moment qui
sappelle le « quoi de neuf » :
lenfant qui en a envie peut raconter ce quil a vécu
chez lui ou ailleurs.
Tous ces moments
là se construisent avec les enfants.
On parlait de
tolérance tout à lheure : si cest un moment
où chacun a le droit à la parole, cest aussi un moment
où on se doit découter le copain qui parle.
- tous les
vendredis après-midi le bilan de la semaine qui se découpe en 3
parties :
· les enfants
font le bilan de ce quils ont appris ou aimé dans la
semaine toujours en expliquant pourquoi
· un moment de
réussite : ça peut être un coloriage, un contrat
quon a terminé pour la 1ère fois dont on est
vraiment fier et quon a envie de montrer aux copains
· un moment de
régulation : moment dans la semaine où les enfants qui ont
rencontré des problèmes durant la semaine le disent. On a un
objet de transition : le cahier de régulation : quand
un enfant rencontre un problème, si cest un problème qui
peut attendre le vendredi après-midi, lenfant va noter son
problème dans ce cahier, et on essaie de régler le problème,
mais pas comme dans un tribunal. Cest un moment où on
essaie de réfléchir à « comment tu aurais pu faire
autrement », donc on en vient à voir des enfants qui se
mettent en situation, qui se demandent comment ils auraient
réagi ; on essaie de construire des attitudes, on
nest pas là pour casser les enfants.
« Apprendre
à vivre ensemble » : le « ensemble » est
au service du « apprendre ». lun et
lautre ne sont pas dissociables. On peut entendre parfois
« la réunion de coop cest beaucoup de bla-bla,
beaucoup de temps perdu » alors que ce nest vraiment
pas un moment à part, cest un moment au service des
apprentissages et cest pour ça quon vous a montré
ce film.
Le moment de régulation est un
grand moment de tolérance : on accepte la réflexion des
copains même si ça ne nous fait pas plaisir de lentendre.
On est confronté aux mêmes choses, nous adultes, que dans la
vie, la vraie.
Florence
ALLAIN : Je voulais juste préciser que cette
organisation de la vie coopérative est présente du cycle 1 au
cycle 3. Sur tous les cycles on a : la réunion de
coop le lundi, le « quoi ce neuf » tous les
matins, un moment de temps calme, la régulation.
Dominique GUIN :
Cest en écho avec la vie associative.
Carl MINAULT :
Ce qui se vit dans lAssociation, les projets qui sont mis
en place, ça se retrouve dans chaque groupe vie. Par exemple si
on parle de la fête du livre, on en parle aussi dans les groupes
vie. Elle nest pas seulement mise en place par les adultes.
Ca peut être le groupe qui propose le thème. Il y a un va et
vient entre ce qui se passe dans lAssociation et dans les
groupes.
A un moment donné il y a quand
même une évaluation de connaissances. Dites-nous comment ça se
passe ?
Carl MINAULT :
Justement on est en train de mettre en place un nouveau système
qui vient de Suisse, France et Canada, le porte folio. Cest
un système dauto évaluation mais encadré. On a
présenté les programmes, tout ce quon apprenait au cycle
2 à nos élèves, on leur a lu quelques objectifs pour leur
montrer quon avait des attentes et on a essayé de
retranscrire avec eux tous les objectifs. Ca a été un gros
travail. On la fait surtout en lecture et en
mathématiques.
Concrètement les enfants ont un
classeur à lintérieur duquel ils rangent différentes
pochettes pour chaque domaine dapprentissage :
français, maths, arts plastique
et également une pochette
dans laquelle lenfant met son travail quand il estime que
ça montre quil a appris quelque chose. Régulièrement
dans lannée, par exemple tous les mois, nous adultes on
prend les enfants et on voit avec eux ce quils ont mis dans
leur pochette (ex : un enfant y met une feuille même
de brouillon- avec les lettres de lalphabet pour montrer
quil connaît lalphabet).
Patrick CLERC :
Ce qui est intéressant cest que lenfant est
complètement associé à la décision. Lenfant propose.
Lenseignant est garant à un moment donné, mais
lenfant dit « ça, ça va prouver que je
sais car je sais ce quon attend de moi ». Il y a
tout un travail sur les objectifs et les attentes. Lenfant
sachant quon attend de lui quil sache les lettres de
lalphabet, il sait que cest un objectif à atteindre,
à ce moment là il sen est senti capable et il en apporte
la preuve. Il négocie avec lenseignant :
« est-ce possible que ça ça fasse preuve ? ».
Carl MINAULT : Un
exemple concret : dans les groupes du cycle 2 on sest
réuni avec nos élèves et on a dit : « daprès
vous quattend-on dun enfant du cycle 2 en
lecture ? » Tout a paruévident : « on
attend dune 1ère année quil connaisse
son alphabet
» ; ils ont vraiment tout listé.
On leur a dit alors : « quavez-vous dans vos
travaux qui montre que vous savez le faire. Lenfant
dit : « jai ça, jai ça, ça jai
pas » ; en tant quadulte on intervient et on
dit : « nous on a ». on a préparé toute une
batterie dévaluations parce quun enfant peut très
bien arriver aujourdhui et dire « moi jai envie
de montrer que jai ça ».
Dans le portfolio il y a aussi une
autre pochette, cest la pochette des défis. Quand
lenfant fait un point sur les compétences acquises, il se
rend compte quil nest pas tout à fait au point sur
telle ou telle chose. On lui propose de se lancer des
défis : - je ne sais pas lire telle ou telle chose, je me
lance le défi de savoir le lire pour la prochaine fois.
A lui, lors de la
prochaine rencontre, dêtre en mesure de nous le prouver.
Le portfolio
nest pas un objet qui va à la maison. Il y a des
rencontres (trois cette année) avec les parents qui sont
invités à lécole où lenfant leur montre leur
portfolio en expliquant pourquoi il a mis tels ou tels travaux et
ce que ça représente pour lui. Nous on est là, prêts à
répondre aux questions. On est en retrait.
Florence
ALLAIN : Oui, mais le retrait, cest plutôt aux
cycles 2 et 3. Au cycle 1 on leur apprend à formuler ce
quils ont fait par rapport à ce quils ont appris.
Cest aussi une démarche régulière en bilan de fin de
semaine. Au cycle 1 on essaie daxer sur
lautonomie : se chausser tout seul, mettre son manteau
tout seul, « je sais faire une fois » et »je
sais faire toujours ».
Carl MINAULT :
Lauto évaluation ce nétait pas tout à fait nouveau
pour les enfants : toutes les semaines ils ont le »
bilan de contrat » : on propose toutes les semaines un
texte de lecture aux enfants et on leur donne des exercices à
faire à partir de ce texte. Dans la semaine, ils ont des plages
de contrat, à eux de gérer leur temps ; on leur demande
davoir terminé leur contrat le jeudi soir. Nous on les
corrige et le vendredi chaque enfant prend son contrat et à lui
de prendre son travail et de sévaluer. Il y a un code pour
lévaluation : vert orange rouge.
Il ny a
pas de notes ?
Non.
Je suis
conseillère régionale, conseillère municipale, parent
délève : vous décrivez tout un système
dévaluation. Est-ce que vous évaluez les compétences
liées au programme, ou est ce que vous évaluez aussi
dautres compétences, par exemple : je sais réparer
mon vélo, ou : jai su trouver la démarche
démocratique pour sortir de tel conflit, ou dautres
savoirs sociaux ou manuels, ou ceux qui sont liés directement
aux programmes, aux compétences dites scolaires ?
Carl MINAULT :
tout ce qui est de lordre du « vivre ensemble »
on lévalue, ça rentre aussi dans le portfolio.
Florence
ALLAIN : « vivre ensemble » pour nous,
cest aussi important que la lecture et les mathématiques,
cest aussi important dêtre un bon copain.
Carl
MINAULT : Ils sen rendent compte au quotidien que
cest important : nous avons des responsables du
matériel dans chaque groupe vie, les enfants se sont rendus
compte que certains responsables ne faisaient pas leur
responsabilité et que ça posait un problème pour
travailler ; ce sont les enfants qui ont renvoyé au groupe
ce problème.
On a un matériel
collectif : les enfants napportent pas leur trousse en
début dannée. Ca fait partie aussi du « vivre
ensemble » : on gère le matériel commun.
Voilà que mon
enfant peut enseigner à votre enfant quelque chose, voilà
quil peut lui faire des reproches ?
Muriel
THUILLIER (parent à lécole ouverte des
Bourseaux) : Je constate des enfants épanouis. Alors on
peut se poser la question : est ce que
lépanouissement cest le but de lécole ?
mais elle est contente dy aller, déchanger, de
parler de ce qui se passe, des projets, moi je trouve que
cest déjà le minima des choses, cest davoir
envie, dêtre partant, je trouve que cest
fondamental.
Jen profite
pour parler des parents parce que je ne sais pas si on a beaucoup
parlé de la dimension, de la place des parents dans cette
école. Il y a évidemment lAssociation, mais il y a aussi
une participation des parents au quotidien : les classes
sont ouvertes, chaque parent peut emmener ses enfants le matin
dans chaque classe (on nemmène pas les enfants dans une
cour) et voir les affichages, parler un peu avec linstit.
Ca, aux Bourseaux, cest possible. Et puis on peut, en plus,
participer à des choses avec des enfants, participer avec les
enseignants, avec les ATSEM ; il y a des moments possibles,
au sein de lécole, pour travailler ensemble.
Et ces moments sont définis
comment ? On vous dit tel jour telle heure, on vous dit quel
type dactivité ?
Muriel
THUILLIER : En fait tout est possible. Il peut y avoir
une demande classique, et puis il y a le projet ; les
parents ont une compétence particulière et la participation des
parents sera vue avec linstit.
Vous
communiquez par carnet de liaison, ou de vive voix, par
téléphone
?
Muriel
THUILLIER : De vive voix, par téléphone, il y a plein
de possibilités.
Comment vous débrouillez-vous avec la
diversité des parents et la diversité des situations. On dit
« les parents » : il y a les parents de
lAssociation et puis il y a lensemble des parents.
Vous avez fait, tout à lheure, allusion aux parents du
foyer Sonacotra. Peut-être quil faudrait faire émerger
ces parents qui ne sont pas venus aujourdhui. Quand on
parle de cette co-éducation on sait très bien que ça peut
augmenter les clivages si on na pas un souci de tous les
parents et de tous les responsables des enfants. Dans quel
système de solidarité ça sinscrit ?
Florence ALLAIN : Il y
a une dizaine dannées il y a eu beaucoup de familles
maliennes quiétaient logées dans un foyer Sonacotra. A cette
époque là il y avait une enseignante qui avait pris en charge
le poste CLINEE et une instit du cycle 1 qui se déchargeait le
vendredi après-midi. Ces deux enseignantes accueillaient les
mamans maliennes qui arrivaient avec tous leurs enfants et là on
parlait de lécole, on expliquait ce que cétait que
lécole, ce quon attendait deux. Sur
lécole il y a des réunions de parents qui se font et
pendant très longtemps on a fait aussi une réunion de parents
au foyer Sonacotra. Petit à petit ça sest su, jai
accueilli une maman qui est venue avec une autre maman du foyer
à qui elle avait expliqué comment ça allait se passer
On
ne fait plus de réunions au foyer, cest les parents qui
ont pris en charge cette façon de faire, et puis on a aussi
moins denfants du foyer scolarisés sur lécole.
Dominique MUNIER : La
volonté, elle est vraiment que tous les parents puissent à un
moment ou à un autre participer, que ce soit dans laccueil
du matin, dans les réunions multiples, dans les fêtes.
Tout le monde le fait ou
pas ?
Oui, tout le monde le fait.
(Question sur la solidarité)
Patrick CLERC :
Il y a quelque chose que lécole a mis en place dès le
départ, cest la pratique de la fête, vous avez vu, dans
lorganigramme, il y a « fête de Noël, fête
exceptionnelle » ; avec les enfants on fête les
anniversaires tous les mois et avec les parents on fête aussi
toutes les occasions possibles et imaginables. Cest pas
parce quon est des fêtards, on apprend aussi à faire la
fête, à créer du lien social, à vivre ensemble des
émotions ; on est sur laffectif, on est sur
lémotionnel, on sapprend les uns les autres et tout
ça je pense que cest très important dans la culture de
lécole ouverte des Bourseaux, et je crois que toutes ces
solidarités naissent de ça.
A lextérieur de
lécole on a cette culture de linvitation, du
copinage, des enfants qui montent des réseaux de copains et
damis. Pour les 20 ans de lécole on a invité les
anciens élèves. Lécole était pleine. Cétait
facile de les réunir puisquil y avait des réseaux, on le
disait à lun deux, il soccupait de 50
autres ; et donc ça perdure. Après lécole ils
continuent davoir des réseaux d amis
quils se sont forgés au sein de lécole, y compris
lorsque lun dentre eux est à Bordeaux (les plus
vieux ont maintenant 26, 27, 30 ans). Cest quelque chose
que lEducation nationale névalue pas mais qui est
quand même très important.
Monsieur Cochet, représentant
syndical, peut-il nous dire ce qui lui a donné envie de venir
aujourdhui ?
Jean-François COCHET
(parent, secrétaire général SGEN-CFDT du Val dOise,
enseignant 1er degré dans le Val dOise) :
A chaque fois quon parle des Bourseaux cest toujours
un grand moment de bonheur ; moi ça minspire trois
mots :
-
Bonheur, parce que ce quon a de cesse de revendiquer dans
les textes, on a la preuve que ça peut exister, quil y a
des collègues qui arrivent à le faire.
-
Frustration, parce que ça fait 20 ans que je travaille dans le 1er
degré dans le Val dOise et ça fait 20 ans que je
nai jamais réussi à avoir un fonctionnement en équipe
comme il peut y avoir aux Bourseaux, et cest vrai que
cest une frustration de voir que certains y arrivent et
dautres ny arrivent pas.
-
Inquiétude aussi, car cest vrai que cest un projet
solide qui a fait la preuve de son efficacité à tous les
niveaux mais qui est fragile dans la mesure où on arrive à un
inspecteur dacadémie qui peut mettre en péril un projet
comme ça, cest vrai quil faut une vigilance de tous
les instants, que ce soit le SGEN ou dautres, parce
quon nest pas les seuls à travailler aux Bourseaux
et à défendre les Bourseaux pour éviter que ce projet ne se
casse la figure à cause de décisions administratives
hasardeuses.
Monsieur de Peretti, le mot de
la fin ?
André de PERETTI :
Vous avez dit « Bonheur », je dirais
« fierté » : je suis très fier que des
enseignants avec des parents, avec des enfants, créent quelque
chose doriginal, dintelligent, correspondant
complètement à ce quon voit émerger comme structure de
la civilisation. Il ne sagira pas de tout savoir, mais
surtout dêtre ensemble, de coopérer de plus en plus.
Cest le phénomène de ce Jacquard appelle
« lhumanitude ».
Donc fierté, par rapport à tous
les pessimismes, il y a cette crainte, cette inertie, cette
tétanisation chez un certain nombre de nos collègues qui est en
train de diminuer. Il ny aura pas déquilibre social,
pas plus quil ny aura déquilibre culturel
sil ny a pas cette prise en main.
Et il y a cette complexité mise en
uvre, cet accueil de toutes ces réalités ; il y a
énormément de finesse, de subtilité ; vous faites quel
chose dextraordinairement complexe et de pas compliqué en
même temps. Je crois que le complexe cest le contraire du
compliqué, de même que ladministration est le contraire
de la bureaucratie. Et cest là où la vigilance des
organisations syndicales simpose par rapport aux instances.
Vous disiez « Défi »
eh bien cest un beau défi, un bel exemple. Est ce que cet
exemple doit être reproduit à lidentique ? je suis
persuadé que non. Il y a eu des circonstances, mais cest
la souplesse que la notion des cycles avait déjà amenée en
90-91 et quon retrouve dans votre structure, et avec toutes
les possibilités de structures qui nétaient pas,
jusquà il y a quelque temps, interditesau ministère.
Jai trouvé le ministère assez ouvert, cest les
échelons intermédiaires qui devenaient plus rigides ; il
peut y avoir maintenant quelques régressions mais ça ne dure
pas les régressions en France.
Vive les Bourseaux, quils
continuent, et que dautres enseignants aient le courage de
faire ça.
Voir aussi:
![]() |
À l'école ouverte des Bourseaux de
Saint-Ouen l'Aumône, comment apprendre ensemble et se
construire par des pratiques solidaires ? |
![]() |
Léquipe de lEcole Ouverte des
Bourseaux est heureuse de vous inviter au lancement de son
ouvrage collectif LEcole Mosaïque Apprendre et se construire par des
pratiques solidaires Le vendredi 18 mars
2005 à 19 h à lécole
Ecole Ouverte des Bourseaux 34/36 rue A. Prachay 95310 St Ouen lAumône Tél : 01.30.37.24.42 ec-bourseaux-stouen@ecoles95.ac-versailles.fr Léquipe de lécole ouverte des Bourseaux partage 25 ans de pratiques institutionnelles, organisationnelles et pédagogiques...autant de pratiques « politiques » co-construites à partir de valeurs communes qui sont celles de lEducation Nouvelle. Ce livre tente déclairer le lecteur sur la cohérence que travaille léquipe entre énoncés dintentions politiques et pratiques pédagogiques. |
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