L'école en campagne

Documentaire de Christian Tran
Durée : 1h 28mn

Année scolaire 2001 - 2002. Sur le haut plateau ardéchois où les écoles catholiques sont traditionnellement bien implantées, le dernier établissement public, à Sainte-Eulalie, ne compte plus que cinq élèves et finit par fermer.
Des parents se mobilisent pour conserver la liberté de choix de scolarisation pour leurs enfants. Par leur détermination et avec le soutien des hommes politiques et de l'administration, ils réussiront à faire rouvrir une école publique au Béage.

Site officiel du film: http://www.heliotropefilms.com/

– "L'Ecole en campagne", le film de Christian Tran au congrès de la FCPE
30/05 ==  Une école publique, la dernière encore ouverte sur le haut-plateau de l'Ardèche, qui ferme à l'été, une autre, fermée depuis 27 ans, qui rouvre à quelques kilomètres de là en septembre, c'est "L'école en campagne", un film de Christian Tran, diffusé au congrès de la FCPE.
Le documentaire, sorti en salles mercredi, passe en boucle sur une télévision pour les quelque 500 congressistes de la Fédération des conseils de parents d'élèves des écoles publiques (FCPE), fédération laïque et ancrée à gauche, réunis au Palais des congrès de Nantes de samedi à lundi.
Sainte-Eulalie, 2 juillet 2002, 16H10: on ferme définitivement l'école du village, la dernière subsistant dans cette région où le privé est fermement implanté, et qui n'accueillait plus que cinq élèves. On dégonfle le globe terrestre, on décroche la pendule. C'est fini.
Le Béage, 1er septembre 2002, 08H30: On a raccroché la pendule. On inaugure la nouvelle école, deux salles, murs et sols repeints de neuf en jaune, vert, blanc et bleu. A l'extérieur, le fronton proclame "Liberté Egalité Fraternité". On hisse le drapeau, on coupe le ruban tricolore. Quinze enfants entrent en classe. Cela recommence."mission citoyenne accomplie"
Entre-temps, le documentaire montre le combat pour faire vivre l'école publique sur le haut plateau ardéchois, pour "permettre le choix". Les réunions s'enchaînent depuis l'hiver 2002, quand on apprend que l'école est condamnée à Sainte-Eulalie (253 habitants). Une solution émerge, on pourrait peut-être rouvrir, pour les gosses de toute la région, celle du Béagehabitants), fermée depuis 27 ans et occupée par un foyer de ski de fond et un club du troisième âge.
Manifestations à Aubenas et à Privas, négociations, problèmes politiques à résoudre, psychologiques aussi (Claire Thomas, la boulangère, en première ligne du combat laïque, a perdu des clients), questions d'intendance à régler et finalement victoire.
Le film se termine par le discours du maire du Béage, Jean-Marie Redon, qui fréquenta les lieux quand il était petit et que l'école accueillait cinquante garçons, et par le sourire radieux de Claire devant les caméras: "mission citoyenne accomplie".
A la FCPE, on ne pouvait s'empêcher de penser à "Etre et avoir", le film de Nicolas Philibert sur une école rurale à classe unique du Puy-de-Dôme, qui avait été présenté en avant-première au congrès de 2002, avant même d'aller se faire applaudir à Cannes.
On a aussi évoqué tous les problèmes du réalisateur, poursuivi par l'instituteur puis par des parents d'élèves, qui lui réclament des indemnités.
Une telle mésaventure ne devrait pas se produire avec "L'Ecole en campagne", documentaire sur le vif sans mise en scène, montrant essentiellement des politiques et des militants en situation.

– Grégory Alexandre (Ciné Live de mai 2004 (N° 79)

L’Ecole en campagne Une école fermée, c’est un peu une bibliothèque de livres vierges. Enterrement sans grande pompe pour la classe unique de Saint-Eulalie, en Ardèche, faute de combattants sur les bancs. Qu’à cela ne tienne, le Bréau, le village voisin, plus grand, est prêt à rouvrir sa communale, fermée vingt-cinq ans plus tôt quand l’école privée avait raflé la mise. En embarquant sa caméra dans cette quête de juste distribution du savoir, le documentariste Christian Tran n’avait aucune idée de la conclusion de son film. Parce qu’entre décider une réouverture et accueillir les minots, combien de conseils d’administration verbeux, combien de luttes pied à pied avec une administration avare …

Journal de bord d’une année de chantier, L’Ecole en campagne creuse en amont le travail de Nicolas Philibert, dans des zones moins éclairées, plus austères, plus mécaniques dans la description assez implacable de l’engrennage administratif, et prend le risque de moins attendrir qu’Etre et avoir puisque les héros ne sont ici plus les enfants mais les parents. Et pourtant, dans cet état des lieux bien peu romanesque de la désertification des campagnes, une superbe émotion finit par jaillir, comme une bouffée d’espoir en l’avenir et en l’implication citoyenne. Un optimisme nécessaire à l’heure de tous les doutes.

Edouard Waintrop (Libération du mercredi 26 mai 2004)

Lutte laïque en campagne; Attachant combat de parents pour une école Début de l’été 2002. Une procession catholique traverse le village du Béage sur le plateau ardéchois. Pratiquement au même moment, à quelques kilomètres de là, on ferme un école primaire laïque à Saint-Eulalie. L’Ecole en campagne va décrire le processus qui va aboutir à la rentrée suivante au remplacement de l’école, seul établissement public du plateau, par une autre, publique, située au Béage, au cœur de l’Ardèche cléricale. Pour en arriver là, il faudra affronter l’hostilité de la majorité des habitants du Béage attachés à l’église, à l’école privée, et guère enchantés de voir la laïque lui faire de la concurrence sur ses terres. Il faudra aussi maîtriser le maquis administratif, le peu d’intérêt de Paris pour les écoles en milieu rural, les problèmes d’intendance.

La clé qui permettra d’ouvrir des perspectives sera la volonté farouche de quelques parents de conserver le droit de choisir l’école de leurs enfants. Ils seront aidés par un inspecteur departemental de l’Education nationale, patient mais ferme sur les principes de la laïcité. Ils bénéficieront enfin de la bienveillance jamais explicite d’un drôle de bonhomme, le maire du Béage.

Tous ces protagonistes, Christian Tran les traite comme de véritables personnages de cinéma. Il leur donne le temps de gagner notre attention et de se faire comprendre. Le comportement de l’inspecteur et des mères de famille, sortes de héros positifs républicains, est facilement lisible. Celui du maire, sans doute déchiré par son appartenance politique, qui le met du côté de ses administrés, et un attachement personnel à l’école publique, est plus opaque. Plus surprenant aussi. La grande réussite de ce premier film est de faire vivre ce monde pour que tout ce processus (créer une école publique et ce que cela demande de combat, négociation, discussion) soit limpide. Pour que cette petite leçon d’éducation civique reste étonnante jusqu’à la fin.

T.S.( Le Monde du mercredi 26 mai 2004)

L'école en Campagne, S'il est une preuve que les chemins du cinéma sont innombrables, c’est bien ce film, consacré aux classes uniques du plateau cévénol. Mis à part son sujet, il n’a rien à voir avec Etre et avoir. A la célébration lyrique de l’unanimité villageoise et républicaine de Nicolas Philibert, le film de Christain Tran répond à une chronique heurtée de la vie publique qui ne fait pas mystère de son parti pris laïque. L’enjeu central de L’école en campagne est la réouverture d’une classe dans le village du Béage, où depuis bientöt trente ans la seule école est confessionnelle. S’engage alors une longue négociation entre l’académie et la municipalité, qui met les nerfs du village à vif au point qu’un boulanger voit sa clientèle s’évanouir après qu’il a pris parti pour l ‘école publique. Le titre du film s’explique aussi par le moment de ce conflit : le printemps 2002, pendant la campagne présidentielle. Les rapports entre les héros du film, les parents d’élèves qui militent pour le maintien et l’ouverture des classes, la campagne de Lionel Jospin sont saisis avec un réel bonheur, donnant à ce petit film une dimension politique passionnante.

T.C. (Studio Magazine de Mai 2004 (N°201)

L'école en Campagne, Un film d’utilité publique. L'histoire:En ardèche, des parents se mobilisent pour la réouverture d’une école publique, là où il ne subsistait que des établissements privés.Si le titre de ce doc rappelle Etre et avoir, il se révèle trompeur. Car le réalisateur ne s’intéresse pas aux rapports maître-élèves. Il préfère s’attarder sur les combats indispensables à mener pour permettre la survie, dans la France rurale, du service public. Sans poser de questions, il observe, pendant l’année scolaire 2001-2002, les négociations précédant la réouverture d’une école publique, dans une région où le privé (catholique) est implanté depuis trente ans. Il rend aussi compte des mécontentements du peuple de gauche, qui se sent trahi par le gouvernement qu’il a élu, préfigurant le cataclysme du 21 avril. Surtout, loin du « tous pourris » cher à certains, ou de la condescendance envers « la France d’en bas » éprouvée par d’autres, Christian Tran montre qu’hommes politiques locaux et citoyens engagés peuvent changer la donne, en agissant de concert. Une leçon de civisme que le nouveau ministre de l’éducation peut méditer.

ACCUEIL