France 5 / Les Maternelles

Ecoles rurales : un nouveau souffle ?
18/05/04
Environ 170 000 élèves de primaire sont scolarisés dans une école rurale. C'est-à-dire une école qui comporte une, deux ou trois classes, regroupant chacune plusieurs niveaux. Pour s'adapter à l'évolution de la démographie dans les campagnes et de l'aménagement du territoire, l'école rurale change.
Que pensez-vous de ces écoles ? Aimeriez-vous que vos enfants y soient scolarisés ?
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Elles représentent la vraie vie
(Claude 18/05/04 à 12h04) J'aime ces écoles où les grands interagissent avec les petits, où personne ne perd ses copains lorsqu'il redouble ou saute une classe, où chacun peut grandir à son rythme, où personne ne se sent "nul" parce qu'il peut toujours aider un plus petit, montrer ce qu'il sait faire et constater ses progrès lui-même.
Ces écoles représentent la vraie vie. Dans une entreprise, on travaille avec des gens de tous les âges qui sont au même niveau. On peut même être dirigé par un plus jeune que soi. Ces écoles apprennent la vie en société, la tolérance, le respect, quel que soit l'âge.
On peut y aller à pied depuis son domicile, les parents voient les enseignants, tout le monde se connait et communique. Pourvu qu'on ne les supprime pas. Au contraire, il faudrait les créer dans les villages
Point de vue modeste d'une jeune enseignante
(Marie 24/05/04 à 18h05) Il est vrai, comme le dit Claude que ces écoles permettent aux enfants d'avoir des interactions très riches dans la classe, ce qui est très positif. Malheureusement, dans de nombreux départements ces postes sont souvent confiés à des jeunes enseignants fraîchement sortis de l'IUFM.Ils se retrouvent alors à devoir gérer plusieurs niveaux plus une direction car ce sont des classes regroupées au sein de RPI . Ayant moi-même vécu cette situation lors d'un stage de quatre semaines dans un petit village du Sancerrois, j'ai trouvé que c'était assez difficile pour l'enseignant de se retrouver seul au sein d'une école et que la responsabilité me paraissait très importante. En effet, au moment où l'on parle de sécurité et de surveillance, comment est pris en compte le fait que dans ces écoles, l'enseignant qui veut par exemple aller aux toilettes est obligé de laisser les enfants seuls, sans surveillance. Alors oui ,cette école est intéressante pour les interactions qu'elles créent entre les élèves mais ne pourrait-on pas imaginer créer ce genre d'interactions dans des écoles de ville ... en travaillant réellement par cycles et non plus par niveaux.
un coût trop important
(nathalie 26/05/04 à 15h26) Je m'appelle Nathalie, et mon fils Bastien, 4ans et demi, va dans une école de 33 élèves cette année, deux classes de la toute petite section aux CM2. Les relations sont très riches, les enfants apprennent l'autonomie. Mais cette écoles mobilise deux enseignants pour l'équivalent d'une grosse classe, et l'E. Nat. incite à un regroupement, car ça coûte cher: objectif, 30 par classe en maternelle !!! Les enseignants ont aussi de grandes difficultés à obtenir l'aide de psy, par ex, car le déplacement n'est pas assez rentable (seuls 2 ou 3 élèves concernés). Un vrai bonheur d'aller à l'école à pied dès que possible, mais un autre problème se pose : l'émulation avec deux ou trois élèves d'un même niveau.
Témoignage d'une ancienne élève d'école rurale
(Emilie 26/05/04 à 16h22) Du CE2 au CM1 j'ai suivi une scolarité en classe unique dans une école rurale dont je n'ai que d'excellents souvenirs. Nous étions 16 élèves du CP au CM2 pour un enseignant. C'était la seule école primaire à 15 km à la ronde.
J'y ai appris la tolérance, la patience et l'autonomie, car notre instituteur n'était pas toujours disponible immédiatement et la règle était que les plus agés aidaient les plus jeunes. Pourtant le "maitre" comme nous l'appelions, était beaucoup plus disponible que dans une classe de 30 élèves de meme niveau.
Quelle surprise, lorsque nous avons déménagé, de me retrouver dans une classe "normale" en CM2! Les élèves ne respectaient que peu l'autorité du professeur, car ceux qui n'étaient pas au niveau restaient sur le côté de la piste. On ne peut pas ralentir tout le monde pour le petit brun qui bafouille assis,là-bas, à côté du radiateur !
J'ai aujourd'hui 22 ans, une licence de droit, et le souvenir de ces années reste le meilleur de ma scolarité : mon "Etre et Avoir" à moi !
Autre témoignage d'une ancienne élève
(Camille 27/05/04 à 15h28) Moi aussi j'ai été dans une école rurale où les élèves, de la maternelle au CM2, partageaient la même salle de classe et où le nombre d'élèves n'a jamais dépassé la vingtaine pour une seule enseignante.
J'en garde de très bons souvenirs.
On se connaissait tous et on était solidaire les uns des autres: là aussi les + grands aidaient les + petits. C'était vraiment très conviviale. Pour les dictées nous allions au bureau de la maîtresse pendant que les autres effectuaient une autre tache....
En ce qui concerne la surveillance des enfants dans la cour de récré, c'était la cantinière qui venait aider notre instite ( elle habitait juste à côté de l'école)et qui surveillait les enfants le soir à partir de 16h30, en attendant que leurs parents viennent les chercher
Quand j'étais étudiante, j'ai été surveillante dans une école primaire en ville, et pour moi, ce fut le choc!: bagarre entre les sections, mépris et indifférence des + grands vers les + petits...bref, rien à voir avec ma petite école de campagne.
Cette école a été fermée depuis mon départ en 6ème ( 3ans après)ce qui est bien regretable!
N'oublions pas de nous investir
(Olivier GUIGUES 27/05/04 à 12h45) J'habite depuis 15 ans en milieu rural à l'Ouest de Grenoble. Mes 3 enfants y grandissent, deux sont au collège et la dernière est en CE2, j'ai participé bénévolement à l'organisme de gestion de l'ancienne école des deux aînés, entre autres activités.
Je dirais: n'oublions pas de nous investir. Par "nous", je désigne les nouveaux ruraux. Je constate en effet que les parents implantés depuis longtemps dans un village sont les plus prompts à réagir _sur les organisations péri-scolaires, encadrements de sorties, etc..._ et que le prétexte du manque de temps est souvent mis en avant par beaucoup pour ne pas être de la partie (qui s'avère très souvent fort sympathique). Profitons donc de l'école rurale et de son entourage _car la nouvelle ruralité bien organisée peut-être un cadre de vie très riche_ pour nous réorganiser socialement. Et avec nous, nos enfants, bien sûr.
Exemple d'investissement
(Camille 27/05/04 à 15h59) Dans l'école unique où j'étais, comme on était majoritairement enfants d'agriculteurs,les parents participaient à l'approvisionnement de la cantine en donnant des légumes ( pommes de terre, carottes, poireaux..),des oeufs, et parfois de la viande (porc, volaille, bovins).
Je ne sais pas si ça existe encore dans les petites écoles rurales mais à "mon époque", c'était courant.Et puis, aujourd'hui, avec toute la législation sanitaire concernant la vente de produits agricoles,je ne sais pas si ça se pratique encore, du moins ça ne doit plus se faire "librement".
bouquin
(Pierre Conti 04/06/04 à 09h05) Un bouquin passionnant : "une école du 3ème type ou la pédagogie de la mouche", éditions L'Harmattan : on comprend le "secret" des classes uniques, pourquoi cela "marche" contrairement à toute logique apparente. L'école rurale l'école du 3ème millénaire, un paradoxe alors qu'on continue imperturbablement à l'éradiquer.

LAVENIR DES PETITES STRUCTURES RURALES
Posté le: Ven Nov 07, 2003 9:46 am Sujet du message: L'avenir des petites structures rurales
Certains se posent la question du sureffectif des classes. Pour nous, le problème est inversé. A chaque rentrée la question de l'effectif insuffisant est remis sur la table. La menace de fermeture plane toujours.
Et pourtant, nos enfants sont heureux de ne pas être dans ces classes surchargées, de ne pas perdre de temps dans les transports.
Que se soit dans le temps scolaire ou extrascolaire nous organisons des échanges avec d'autres petites écoles. Les enfants sont sereins, ouverts et apprennent vite dans une ambiance conviviale.
J'avoue que je ne sais pas si la tendance au ministère est plutôt la fermeture de ces classes ou le maintien mais on entend toujours "fermeture d'une classe dans le village de...", "manque de moyens",...
ECOLE RURALE
Posté le: Ven Déc 05, 2003 3:15 pm Sujet du message: école rurale
Il y a les aspects pédagogiques qu'on ne développe pas assez. En voici quelques uns: l'hétérogénéité est une vraie richesse. Contrairement aux classes à cours unique, les classes multicours comportent plusieurs sections, voir toutes dans les classes uniques. Cela permet un réel compagnonage entre enfants, les petits poussant les grands, les grands tirant les petits; l'enseignant peut travailler avec des petits groupes, chacun n'ayant pas besoin des mêmes choses aux mêmes moments comme dans une classe à une section. Chacun peut aussi aller en fonction de son rythme: la mise en place des cycles y est alors naturelle; chaque enfant a ainsi les meilleures chances de réussir. Dans les écoles rurales où des classes ont fermées, on dispose donc de davantage de place: les anciennes classes peuvent servir de salle de sciences, d'arts plastiques, etc... Les élus, les décideurs sont davantage à proximité. Les parents peuvent être rencontrés plus facilement, les Associations de Parents d'Elèves sont plus faciles à intégrer pour chacun d'eux. Par contre, l'éducation nationale qui souhaite récupérer ces postes (elle préfère regrouper pour mettre davantage d'enfants en face de chaque instit, le surcoût lié au ramassage étant pris en charge par les collectivités locales, c'est à dire aussi par nos impôts!), ne fait rien pour rendre ces postes attractifs. Elle répend l'idée que ces structures sont mal équipées, ce qui est faux (voir le site de la Fédération Nationale de l'Ecole Rurale); elle répend l'idée qu'elles sont moins performantes, ce qui est faux (la direction de l'évaluation de son propre ministère indique même, mais confidentiellement, que les classes à plusieurs niveaux ont de meilleurs résultats que celle à un seul niveau!); elle s'arrange pour que dans les formations, on fasse tout pour que les enseignants ne sachent pas s'en débrouiller et que donc ils les fuient, etc...
Mais il existe aussi d'autres arguments que ceux pédagogiques, sans doute aussi importants; ils rendent compte d'une organisation sociale vers laquelle nous glissons doucement mais que nous devrions pouvoir choisir. Je la traduirai ainsi: allons-nous continuer à grossir les villes, facteur aggravant de violence, et à désertifier les campagnes? Comment ne pas penser que la suppression de services identiques en ville et en campagne, de services de proximité (ce qui n'est pas le cas de l'école au chef de lieu de canton ou que les regroupements autoritaires où les enfants font du bus matin et soir, jour après jour, année après année) ne provoquera pas une nouvellevague de départ de ces milieux ruraux? Comment penser que des familles viendront s'installer dans des lieux où il n'y a pas d'école, où leurs gamins seront trimballés sans cesse, où l'enseignant sera difficilement rencontrable parce que ce dernier fuit ce poste qu'il n'a pas choisi ou que l'école est hors commune de résidence? Rêvons-nous d'un monde où nous irions de ville en ville en traversant des déserts sauvages, des forêts vierges, ou des régions où ne parlera plus qu'anglais ou néérlandais ou rien du tout? Pourquoi ne pas inciter à utiliser tout ce territoire de plus en plus vaquant? Une école où il y a peu d'enfants coûte-t-elle vraiment plus chère en argent public (toutes sources confondues) qu'une où il y a plus d'enfants mais des enfants qu'on doit transporter, qu'on doit entasser, qu'on doit couper de leur milieu de vie, de leur environnement proche? Est-ce qu'on comptabilise aussi les effets financiers liés à la concentration (dégradations plus importantes, suivi individuel moins efficace, bref un coût social globalement bien plus élévé...)? Pourquoi un ministère de la ville? Pourquoi pas un ministère des villes et des campagnes, du plus du moins, du haut du bas, du ying du yang, bref un vrai ministère de l'aménagement du territoire, parce que pour tendre une ficelle, il faut que les deux bouts soient tenus?
Pourtant, je sais que ce sont des familles plutôt jeunes (aussi pour des raisons de chèreté des terrains ou des habitations de ville) qui voudraient s'installer en milieux ruraux, je sais qu'ils y resteraient pour le plupart d'entre eux. Je sais aussi qu'ils regardent d'abord l'école et ses services périscolaires: L'ECOLE EST UNE CONDITION SINI QUA NON DE L'AMENAGEMENT DES TERRITOIRES RURAUX, et en plus , les enfants y sont bien et y apprennent bien, fait aujourd'hui démontré.
Ce que je dis ne sera pas repris, ça aussi je le sais. Un rapport en cours du sénateur de mon secteur ( en vue de la préparation du projet de loi relatif au développement des territoires ruraux), que j'ai reçu en tant qu'élu, ne fait même pas état du rôle de l'école (ni même d'ailleurs des services publics tout courts) dans ce développement... Mais quelques uns d'entre vous, si vous vous y retrouvez dans cette usine à gaz, m'entendront peut-être... Une petite graîne sera semée ou réactivée, un petit grain de sable placé dans la diffusion de la pensée dominante peut-être...
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Posté le: Sam Jan 10, 2004 12:30 pm Sujet du message: et aussi
(..)
Ok avec vous!!! Et j'ajoute que le travail en équipe est bien plus simple à organiser dans nos petites écoles rurales (moins de contraintes individuelles enseignantes à gérer, chacun peut parler suffisamment, les personnels se connaissent mieux et se parlent peut-être plus franchement), l'ambiance y est souvent bien plus chaleureuse que dans les grosses structures entre enseignants mais aussi avec les parents et les enfants que nous apprenons à connaître dès leur arrivée à l'école car ils ne sont pas noyés dans une foule d'élèves/de parents...
Bref, je suis dans une école rurale élémentaire de 3 classes avec 62 élèves, et je vous le dis à tous: c'est humain, on s'y sent bien 90% du temps!!! Si vous pouvez, essayez chers collègues!!!
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Posté le: Sam Jan 10, 2004 1:16 pm Sujet du message:
Je n'ai guère le temps d'approfondire aujourd'hui, mais comment ne pas vous rejoindre :-) ?
Tout n'est pas rose dans nos petites écoles rurales, certes. Citons par exemple :
- les inégalités criantes de moyens selon les communes
- l'irresponsabilité de fait des IEN dans le dialogue avec les élus locaux lorsque celui-ci coince. Le directeur, sur le terrain, doit assumer sans en avoir les moyens.
Cependant, les petites écoles rurales ont d'indéniables privilèges pédagogiques et humains.
La mise en place des cycles (la seule réforme d'envergure pertinente de ces dernières années) ne s'est-elle pas vraiment faite que dans ces écoles rurales, déjà rompues au travail multi-niveaux ?
Ma classe a, administrativement parlant, 3 niveaux. En réalité, 5. Pour simplifier :
- ceux qui entrent en 1ere année de cycle 1 (PS)
- ceux qui entrent en 2e année de cycle 1 (MS)
- ceux qui entrent en 1ere année de cycle 2 (GS)
Et les deux autres ? Ils s'imposent tout naturellement ! A grands traits :
- ceux qui sont à mi-chemin dans le cycle 1
- ceux qui sont à mi-chemin entre les deux cycles.
Et lorsque nécessaire, nous organisons avec ma collègue responsable du CP un autre "niveau" (sic) intermédiaire, au temps partagé entre la maternelle et la "grande école", pour ceux qui risquent l'échec à l'entrée dans un CP au sens strict.
Nos écoles rurales ont un atout essentiel : la souplesse. En ces temps où l'on se plaint tant de l'inertie du mammouth et du formalisme pédagogique, j'aimerais que ce soit une source d'inspiration pour d'éventuelles réformes à venir.
Et lorsque je vois tant de récriminations de parents d"élèves envers les enseignants, je songe aux malentendus dissipés, aux conflits résolus... peut-être un peu parce que l'instit est accessible chaque matin, chaque midi, pour au moins quelques paroles à propos d'un enfant. Bien-sûr, j'ai connu mon lot de conflits non résolus. Mais bien peu, au regard des dialogues parfois dificilement amorcés etfinalement fructueux. C'est une école à taille humaine, finalement.
Mais je crains que, loin de favoriser cette souplesse, on n'y introduise en fait d'inutiles lourdeurs : voir ce qui transparaît des éventuels réseaux d'écoles.
Débat sur l'école: Le Café pédagogique vous donne la parole sur son blog: "Quand les citoyens construisent l'école"
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