La mise à mort de l’école rurale .
Elle n’avance pas très vite, mais elle avance, l’Éducation
nationale avance, parfois à reculons, mais elle avance ... ce qui lui
manquerait, et c’est dans l’air du temps, c’est une évaluation ! pas celle des
enfants, ni celle des maîtres, mais celle de ses orientations.
Il y a quelques années, on créait le Regroupement Pédagogique Intercommunal
(R.P.I.), c’est peut-être ce jour-là qu’on détruisît l’oeuvre Révolutionnaire,
celle qui s’acharna sur l’alphabétisation de tous les citoyens français. Ce
jour-là, on enclava la campagne, on lui supprima ce qui aurait pu la mettre à
égalité de lutte avec la ville. Le processus d’accumulation de la campagne
commençait. Quelques dizaines d’années auparavant, personne n’ignorait que la
principale difficulté à surmonter pour faire accèder "aux lumières de
l’éducation" tous les citoyens, il fallait imposer la présence de l’école
partout, sans dérogation possible (A. Dumont, F. Furet et Ozouf, E. Pleynel, ...
).
Aujourd’hui, après les R.P.I. voilà les R.P.C. les Regroupements Pédagogiques
Concentrés ... la nouvelle arme de destruction massive de l’école publique,
celle des déjà favorisés, ceux qui ont droit à 2h d’autocar par jour, dès la
maternelle, avec garderie, cantine, étude, ... , celle de l’absence ou, pire, de
l’éloignement des structures spécialisées pour les enfants en difficulté (ceux
dont la rééducation devrait se passer en taxi puisqu’ils y passent plus de temps
que devant le thrapeute !) ...
L’Éducation nationale publie des statistiques qu’elle ne lit même pas (encore un
contre coup de la méthode syllabique) ou dont elle ne se vante pas :
entre 1962 et 1975, 2000 à 4000 classes rurales ont été supprimées chaque
année, avec un point culminant en 1971 où 6500 classes ont été supprimées à la
rentrée. On ne peut pas vraiment dire qu’on fasse dans la dentelle !
question de rentabilité ? Le contraire est démontré par le seul prix des
transports scolaires (renseignez-vous dans votre commune, les sommes sont
redoutables !) un exemple : en 1975 dans la drôme : 1 milliard de francs, soit
250 postes d’instituteurs (ils sont peut-être devenus chauffeurs de car ?). dans
l’Oise, Troussures, c’est un car de 60 places qui venait chercher ... 1 enfant,
tous les jours ! Et puis, a-t-on mesuré la fatigue scolaire ? et tous les
dérèglements que la nouvelle organisation a occasionné ?
Pourtant il y aurait d’autres statistiques à lire : à l’école rurale les enfants
réussissent mieux (en moyenne) qu’à la ville (lire les statistiques de la
D.E.P.) malgré tous les handicaps ! On peut réver, à Herchies, quand le maire de
Beauvais nous a envoyé une facture concernant la scolarisation de 3 enfants chez
lui, on lui a répondu avec "un avoir pour la scolarisation de 3 beauvaisiens à
Herchies" afin de leur donner toutes les chances pour la meilleure scolarisation
possible (d’autres parents ont déjà fait le choix, mais ils sont encore si
rares !).
J’ai quand même trouvé cela paradoxal et assez suicidaire, de lire des articles
sur la promotion de la destruction des villages dans "campagnes solidaires"
solidaire de qui ? des villes, des banlieues, des transporteurs, ... il
paraîtrait même d’après eux, que les enfants n’ont vraiment pas de chance de
vivre à la campagne, d’ailleurs, pour parler de l’école rurale, ils ont choisi
une normalienne ! du parti-pris ? pas du tout, même certains inspecteurs sont
d’accord alors !
À vos plumes, on peut sans doute leur répondre !
Olivier Francomme, enseignant formateur, ICEM 60
http://idem6080.lautre.net/spip/article.php3?id_article=334 .