L’Ecole, l’un des leviers du projet de territoire ; mobilisations d’hier et
aujourd’hui
L’Intercommunalité et les réseaux d’écoles ; Les Réseaux de
collèges ; Quelle mise en réseau ?
(Transcription du débat au Salon de l’Education, Jeudi 18 novembre 2004)
« il faut
des parents pour nourrir un enfant, un maître pour l’enseigner, mais il faut un
village pour l’éduquer »
Intervenants
-Christian Fournier, Maire
de St Martin Valmeroux (15)
- Michael Garnier-Lavalley,
délégué national de l'Anacej
- Pierre
Petitbout, Ariane Développement local
-Monique Roffat, Conseillère
municipale à Irvillac et Vice-Présidente de SOS Ecoles Rurales (29)
-Lionel Paillardin,
Président d’Ecole et Territoire
-Jean-Luc Fauguet, OER
(Observatoire de l’Ecole Rurale)
Modérateur : Jean Roucou (Prisme)
Résumé
Il y a aujourd’hui montée en
puissance de la démocratie participative au travers de dispositifs tels le
projet de territoire, conseil de développement, le projet d’établissement, les
conseils de Jeunes..
L’école a pour mission de
former les acteurs, citoyens d’aujourd’hui et de demain qui ne demandent
qu’à se mobiliser sur des problèmes les concernant ; il lui reste malgré tout à
surmonter une défiance historique vis à vis de l’extérieur et des familles.
Des exemples sont à prendre
à l’étranger (Burkina Faso)
Ses performances en milieu
rural constituent enfin un atout indéniable
Toutefois le projet
ministériel de mise en réseau semble être à contre-courant de l’évolution, et
suscite des craintes tant sur le plan des moyens et de la cohésion sociale, que
sur celui de son efficacité pédagogique et de sa capacité à prendre en compte
l’initiative du terrain.
Pourquoi vouloir fermer et
concentrer les écoles quand les nouvelles technologies offrent des
alternatives ?
Des critères budgétaires de
rentabilité à court terme semblent être les seuls objectifs.
Pour autant, n’y-a-t-il pas
un risque pour les citoyens et élus à laisser faire à d’autres le sens de la
politique ?
Résumé de
l'intervention de Pierre Petitbout
Le concept de développement
local sous-tend l’idée qu’il y a à construire un peu plus d'harmonie entre les
habitants d’un territoire. Cette construction passe par un projet. A l’échelle
du territoire, le projet c’est l’expression collective de la représentation
partagée du territoire rêvé, voire du territoire voulu. Aller vers plus
d’harmonie, c’est nécessairement essayer d’aller vers un changement. Le premier
changement à provoquer est dans notre tête. L'éducation est donc le seul levier
véritablement important du développement.
La participation est
aujourd’hui reconnue par la loi. Le conseil de développement, comme le conseil
d’agglomération sont des instances qui existent et ne demandent qu’à être
investies d’habitants responsables en capacité d’exprimer des vœux de changement
et d’en évaluer l’impact.
L'école pourrait être un
lieu où l'on peut apprendre à projeter. C’est une technique qu’il faut
pratiquer. Quand on a des équipes éducatives qui savent le faire, on a des
élèves et des citoyens qui se comportent différemment.
Si l’on veut des citoyens
actifs, si l'on veut accroître le « capital social territorial » autrement dit,
mettre en avant la capacité des hommes à s'organiser et décider entre eux de ce
qu'ils vont faire ensemble, on a véritablement à resituer la place de l’école
comme levier du développement.
Les territoires qui
« bougent » sont capables de s’accorder, de s’entendre sur une vision
prospective.
Si j'étais Président d’une
Communauté de communes aujourd’hui, j’organiserais très certainement un débat
public sur la compétence éducative, non pas pour savoir comment trouver des
moyens supplémentaires, mais
pour se dire comment est-ce qu’on voit l’éducation dans notre collectivité de
demain.
Ce qui mobilise les gens
aujourd’hui, c’est de les mettre en capacité de poser, porter les problèmes qui
les concernent.
Les intervenants se présentent:
- Pierre
Petitbout, dirige une coopérative d’agents de développement spécialisée
dans les approches d’animation territoriale, Ariane Développement local, dans
les Monts de Lyonnais
- Jean-Luc
Fauguet, sociologue à l’Université de Provence et à l’IUFM de Provence,
représentant ici l’OER (Observatoire de l’Ecole Rurale)
- Jean
Roucou. (Prisme), Animateur
- Mikaël Garnier-Lavalley, Délégué national de l’Anacej
- Lionel
Paillardin, agriculteur dans les Hautes Alpes, et Président d’Ecole et
Territoire, qui se bat devant les tribunaux administratifs principalement pour
maintenir les petites écoles
- Christian
Fournier, Maire de Saint-Martin Valmeroux commune du Cantal qui a vu son
collège fermer en 2000, puis rouvrir en 2001 grâce à une équipe pédagogique
ayant présenté un projet innovant basé en grande partie sur les techniques
Freinet ; collège de 63 élèves avec un internat de 36 élèves, qui est plein (on
espère pouvoir continuer si le Conseil général nous aide à augmenter
l’internat).
- Monique Roffat, Conseillère municipale; Vice-Prés de SOS 29 Ecoles Rurales
rappel de la thématique :
L’Ecole, l’un des leviers du projet de territoire ; quelles
mobilisations hier et aujourd’hui mettre en œeuvre
Dossier un peu large, mais
on va avoir le point de vue d’un élu, d’un professionnel, d’un universitaire et
autre.., et essayer de trouver ensemble quels sont les verrous, leviers afin
qu’on n’ait plus le propos difficile que l’on vient d’entendre : à savoir dans
l’école de la république, 20% de la population présente sur 80% du territoire
soit exclue de l’accès à l’enseignement, et encore plus de l’éducation.
Je pense que c’est là que se
trouve la difficulté et que lorsque d’aucuns parlent de cohésion sociale, il
faut que l’on mette les actes en adéquation avec les propos
Pierre
Petitbout
Point de vue du
professionnel
Pierre
Petitbout
Merci. Qu’est-ce que le
développement local?
Le développement local
sous-tend l’idée qu’il y a à construire une harmonie un peu plus intéressante
entre les habitants d’un territoire; et cette construction d’harmonie, souvent,
passe par un projet.
Cela mérite de définir ce
qu’est le projet.
A l’échelle du territoire ,
c’est l’expression collective de la représentation partagée du territoire rêvé,
voire du territoire voulu ; et cela va se décliner en l’affichage d’un certain
nombre de finalités (pourquoi ce territoire là ?), des objectifs précis, et
enfin un plan d’action pour arriver vers ce territoire rêvé
En quoi l’école est-elle un
levier ?
Au moins par le fait que
c’est un lieu autour duquel se rencontrent toutes les générations, tous les
habitants, tout le monde y passe depuis ceux qui vont entretenir, construire des
locaux jusqu’à ceux qui vont y suivre des cours et progressent sur des parcours
pédagogiques ; donc c’est un lieu et c’est un endroit où les gens vont pouvoir
se rencontrer et échafauder ce projet.
Mais l’école c’est aussi
l’éducation, et dans cette fonction là, par rapport au développement local, elle
va jouer un rôle important, puisque ce développement consiste à aller vers plus
d’harmonie, c’est donc nécessairement essayer d’aller vers un changement,
provoquer un changement ; et le premier changement à provoquer, le premier frein
au changement, il est dans notre tête à chacun d’entre nous, et l’école est
encore aujourd’hui le meilleur moyen pour essayer de débloquer ces résistances
au changement dans nos têtes.
On y reviendra, l’éducation
est effectivement l'un des leviers importants, peut-être le seul levier
véritablement important du développement.
Dernier point sur lequel je
voudrais revenir, c’est que ce développement est souvent un équilibre entre des
programmes et des projets.
Le développement est au
carrefour de ces 2 notions là.
Par programme, j’entends
ce qui nous arrive d’en haut, ce qui nous arrive en terme de procédures,
d’injonction à faire des choses ; et par projet, j’entendrais ce qui relève de
notre propre volonté de faire, d’aller vers quelque chose
C’est à l’équilibre entre
ces 2 tendances que va se développer le territoire, la personne etc
Je crois que dans
l’Education nationale, on sait ce qu’est un programme, une injonction
ministérielle, et puis on a une loi qui nous permet aussi d’avoir un projet
éducatif dans lequel il est dit que l’élève, la personne doit être au centre
Pour le territoire, c’est un
peu la même chose : on a des programmes, des possibilités de financement, et on
a des territoires qui vont chercher au tiroir caisse, se présenter au guichet et
attraper ces financements ; et puis on a d’autres territoires qui parce qu’ils
ont conduit une politique éducative sont en capacité de s’entendre sur leur
propre projet, sur le projet voulu, souhaité par les habitants
C’est avec ces territoires
là qu’on travaille, et c’est dans ces territoires là qu’on est capable je pense
aujourd’hui de véritablement parler de projet, et c’est un petit peu sur cet
équilibre là entre l’un et l’autre que notre débat doit se situer à mon avis
pour bien voir le rôle de l’école dans le projet de territoire.
Voilà, en quelques mots
d’introduction..
Jean-Luc
Fauguet
Est-ce que
l’école est un levier pour le territoire ? de mon point de vue, historiquement,
la réponse, malheureusement elle est non
Indubitablement, puisque
l’école objectivement s’est construite contre le territoire, contre les
familles, contre les communautés… pour plein de raisons
L’école est née un peu de la
modernité, et la modernité c’était la ville
La campagne représentait
grosso modo quelque chose qui nous tirait en arrière, où il y avait des pouvoirs
qui étaient tout sauf honnêtes, puisqu’ils n’étaient pas basés sur la
connaissance scientifique, sur la bureaucratie des institutions.. ; il faudrait
aller voir du côté des ancêtres (Max Weber..) pour bien montrer comment cela
s’est construit ; grosso modo il y avait des pouvoirs dans les campagnes, censés
être plutôt du type charismatique (les Maires) ; mais justement ce n’était pas
le modèle proposé par l’état qui entendait faire un pouvoir institutionnel basé
sur une idéologie et des institutions impersonnelles.
Et je rappelle, tout le
monde le sait, qu’il y avait la question des mythes, des légendes et puis de la
religion ; tout un tas de pouvoirs qui étaient dans les représentations
attachées à ce qu’était censée être la campagne ; la ville, et l’école urbaine
tenant lieu de modèles, l'école ne pouvait constituer un levier pour s’attacher
au territoire, le développer, s’inscrire dedans, ça c’est clair.
Donc sur cette première
approche, c’est plutôt pessimiste
Mais il y a eu des
évolutions qui font que depuis une vingtaine d’années, le Ministère de
l’Education nationale, l’état somme les écoles de s’inscrire justement dans le
territoire ; c’est véritablement une révolution, mais ça été une quasi
sommation, basée indubitablement sur des bonnes raisons, mais comme toutes les
sommations, cela ne se passe pas si bien que cela, parce que les représentations
sont encore assez fortes, me semble-t-il et les écoles ont encore tendance
aujourd’hui, qu’elles soient rurales ou urbaines, à se méfier de l’extérieur.
Ca c’est un peu la
généralité.. Je ne vais pas rester négatif, mais ce n'est pas aussi simple que
cela
Pour finir, pour ceux qui ne
le savent pas, quand je dis sommation à s’inscrire dans le territoire, c’est la
question du projet d’établissement pour les établissements secondaires, ou le
projet d’école pour l’école primaire ; toutes les écoles, établissements
secondaires doivent avoir un projet d’établissement, inscrit dans le territoire
avec des relations, avec des partenariats, avec des objectifs, tout cela devrait
aller dans le sens qu’on entend ici développer.
Ce qu’on essaye de voir dans
l’Observatoire de l’Ecole Rurale qu’on a monté, entre plusieurs universités et 6
IUFM de la partie sud est de la France (de Clermont Ferrand à Besançon et
Sud/est)
Ce qu’on essaie de voir,
c’est justement si la possibilité et la volonté de s’inscrire dans le territoire
d’abord existe et est vraie
Parce que quant à la
question du levier : je pense que oui, parce que l’école développe des
interactions quotidiennes dans le village, dans la campagne, partout entre les
parents et les instituteurs bien sûr, mais pas que cela; c’est l’objet de
discussion, l’objet de projection dans l’avenir, l’objet d’inscription dans des
projets de tous les habitants ; donc ce lien social là est extrêmement important
pour le développement du territoire
Ce qu’on essaie de faire (on
en est au début de nos travaux, commencés en 1999 ; on suit 3000 élèves jusqu’en
fin de 2de et tous les établissements qui vont avec dans les 6 départements),
c’est de voir comment ça se passe et si ça se passe
Eh bien, c’est pourquoi ce
sera encore un combat, pour l’instant ce qu’on trouve est assez modeste, les
projets d’inscription dans le territoire, les partenariats sont aujourd’hui
beaucoup trop modestes pour qu’on puisse dire aujourd’hui que l’école joue un
rôle véritable ; mais tout y est; on a les possibilités par l’état, par les
autorités académiques et nationales du Ministère de faire cela ; les enseignants
y sont beaucoup lus prêts qu’avant et l’histoire dont j’ai fait mention tout à
l’heure est tout de même en passe de s’éteindre en grande partie ; les relations
entre les parents et l’école, entre la culture familiale et la culture scolaire,
on sait bien depuis les années 60, que pour réussir à l’école, il ne faut pas
qu'il y ait trop de malentendu entre l’un et l’autre ; donc provoquer des
partenariats
Donc je suis optimiste pour
les années qui viennent, mais pour l’instant le constat est plutôt très modeste.
Alors après un constat
technique et universitaire, on va voir le constat des praticiens, ceux qui le
vivent au quotidien et en situation
Ensuite on verra ce qui est
compatible et ce qui ne l’est pas ; en matière de gestion politique des
affaires, c’est principe d’utopie, principe de réalité ; aujourd’hui, on a
plutôt tendance à mettre le curseur sur le principe de réalité, qui est
d’ailleurs à ce moment là un peu difficile à gérer
Christian
Fournier.
Je crois en effet que
l’école peut être un levier important de développement du territoire
On a connu à Saint-Martin
une période de crise : la fermeture du collège, la fermeture aussi de nombreuses
écoles dans les villages alentour, eh bien franchement, c’est très
douloureusement ressenti et on a l’impression que le territoire a perdu
énormément à ce moment là ; que les populations nouvelles ne vont plus pouvoir
venir ; c’est vraiment un facteur important de désertification ; l’école, elle
est à mon avis indispensable au territoire, et Lionel
Paillardin à côté de moi, ce qu’il essaie de faire, c’est de défendre justement
les écoles qui ferment parce qu'elles sont indispensables.
Ceci dit, faut-il défendre
seulement ce qui existe ? je ne crois pas ; je crois que si l’on a pu rebondir,
c’est parce qu’on n’a pas essayé de défendre seulement ce qui existait ; c’est
parce qu’on a essayé de faire autrement, de faire autre chose ; de proposer,
grâce à une équipe pédagogique qui s’est trouvée là sur place, une nouvelle
approche de l’école, de faire venir d’autre populations.
Et après 4 ans, je suis
plutôt optimiste parce que, même s’il y a toujours de grandes difficultés, on a
vu des familles venir s’installer parce qu’il y avait ce collège différent ; on
a actuellement 36 élèves à l’internat, mais on a 3 ou 4 familles qui se sont
installées dans le village, dont l'une vient d’acheter une maison et de
s'installer parce qu’elle a connu Saint-Martin par l’intermédiaire du collège
pionnier
Cette certitude que c’est un levier important, on l’avait déjà auparavant dans la mesure où on avait vu que notre collège diminuant, il fallait lui donner de nouvelles fonctions ; il y a d’ailleurs pas mal de collèges qui ont essayé de développer de nouvelles fonctions ; on vient de faire une médiathèque qui jouxte le centre de documentation du collège, permettant de faire de l’informatique, de l’éducation permanente, de s’ouvrir sur les populations locales; je crois que s’ouvrir sur les populations locales est un facteur de développement, de lien social où le collège a un rôle à jouer, et c’est vrai qu’historiquement, il y est peu préparé ; c’est vrai aussi qu’on a l’impression au niveau des enseignants , des directeurs, il y a quelques difficultés à intégrer ce rôle ; l'impression, après une école ouverte, de revenir à une école sanctuaire au-travers des discours du moment.
L’école est l'un des leviers
importants du territoire et actuellement, nous sommes entrain de réfléchir
à lui donner une autre dimension ; on est en intercommunalité depuis 1 an et
nous tentons de voir si à partir de ce collège, il ne peut y avoir d’autres
actions qui soient menées (théâtre, cirque.. ; nous bénéficions de
l’environnement favorable du festival du théâtre de rue à Aurillac..)
Lionel
Paillardin
Je pense que je vais mettre
un joker ; je n’ai pas grand chose de plus à dire.
Si notre association
continue de se battre depuis 15 ans pour le maintien des petites structures en
milieu rural, c’est parce que l'on est bien conscient de leur importance quant à
l’équilibre de la vie sociale d'une commune; et aussi des dangers ou de la
fatigue que peuvent représenter les nombreux kms, surtout en zone de montagne,
pour des enfants à partir de 3 ans
Rappel : nous avons
confronté le postulat de l’école, levier de développement de territoire aux
éclairages du professionnel du développement local, de l’universitaire, de
l’élu et du praticien, qui ont mentionné aussi des freins liés au poids de
l’histoire..
Il s’agit maintenant de
soumettre la question au prisme des Conseils municipaux de Jeunes, à la fois
scolaires et habitants.
Est-ce qu’effectivement,
notamment en milieu rural, l’école est un élément de développement de la vie
locale? est-ce qu’un Conseil municipal d’enfants est un outil important dans ce
domaine?
Michael
Garnier-Lavalley.
Les jeunes sont aussi des
éléments de ce développement à partir du moment où ils ont l’impression aussi
d’exister sur ces territoires ; le problème, c’est la fuite dès qu’on s’élève en
âge, et le fait de ne pas avoir envie de rester sur le territoire.
Je pense que de ce point de
vue là, des écoles ouvertes sur le monde, ouvertes sur le monde associatif
environnant, la décision locale, ouvrent un espace qui va voir les énergies
converger ; espace d’animation locale mais pas uniquement d’éducation pour les
enfants, mais aussi un lieu de rencontre des différents acteurs .. ; et pour
nous, avec les collectivités, mais aussi avec les mouvements d’éducation
populaire qui nous composent, on pense que le lien entre la collectivité,
l’école, par le biais des Conseils d’enfants et de jeunes, et aussi par d’autres
biais, est l'un des éléments qui permet de participer de cette dynamique ; en
considérant que les jeunes sont aussi des acteurs de ces territoires, et que si
l’école est aussi un lieu d’éducation, c’est aussi un lieu qui permet de
s’ouvrir, et les conseils le permettent également; nous n’imaginons pas les
conseils issus des collectivités locales sans une accroche avec l’école, par le
rôle même que l’école a, mais aussi parce ce qu’évidemment c’est le lieu de
brassage de l’ensemble des enfants et des jeunes du territoire.
Après ces constats des
freins et leviers, ces témoignages d’une dynamique des acteurs.., .il s’agit
d’examiner la conduite des actions de développement par les instances
institutionnelles ;
est-ce que ces dernières
sont au service du projet de développement ? on peut parfois s’interroger
On propose pour y remédier
de mettre les écoles en réseau. Mais que recouvre le concept : s’agit-il d’une
mise en réseau technologique, gestionnaire, pédagogique.. ?
C’est certainement le
mélange des trois, mais quel est celui que l’on met d’abord ?
la réponse qui vient de la
vox populi est-elle celle qui nous préoccupe en réalité ?
Nous n’avons pas tous la
même perception du phénomène, en témoigne ce qui vient d’être dit concernant les
Conseils de jeunes
Quels moyens, quelles formes
de mobilisations mettez-vous en place dans les territoires où vous travaillez
pour lever méfiances et verrous, et pour que réseau et école deviennent
véritablement des leviers du projet de territoire ?
Pierre
Petitbout
Si j’avais deux recettes
miracle, ce serait plus facile
Je voudrais simplement
attirer votre attention sur une chose très importante : c’est la montée en
puissance de la participation, sa reconnaissance dans les procédures de
développement des territoires.
C’est quelque close qui est
un peu trop passé sous silence aujourd’hui : dans les procédures de Pays par
exemple, il est prévu de créer des Conseils de Développement, instance où l’on
doit retrouver toutes les forces de la société civile qui doivent se mobiliser
pour porter leur avis sur le projet de territoire, pour être aux côtés des élus
un lieu de mobilisation de l’ensemble des habitants sur les finalités et les
modalités de mise en place de ce projet ; la participation est aujourd’hui
reconnue par la loi, et le conseil de développement, comme le conseil
d’agglomération sont des instances qui existent et ne demandent qu’à être
investies d’habitants responsables en capacité d’exprimer des vœux de changement
et d’en évaluer l’impact.
Si j’insiste, c’est parce
que dans ce Conseil de développement, assez souvent on retrouve des gens ayant
l’habitude de s’exprimer; on retrouve des gens qui risquent d‘être ceux qu’on a
l’habitude de voir dans les instances de représentation ; alors qu’on voudrait
justement que ce soit une instance de participation qui se renouvelle et où
arrivent des idées nouvelles ; et là l’école a tout intérêt à intégrer dans son
projet éducatif, y compris la formation des parents pour s’exprimer au Conseil
de développement, de façon à être vraiment un acteur et un animateur de cette
instance là
La deuxième chose que je
voudrais signaler à propos de d’école, c’est que c’est effectivement le lieu où
l’on peut apprendre à projeter ; c’est toute une technique, c’est être
autrement, quelque chose qui s’apprend, mais pas seulement dans les livres, et
qu’il faut pratiquer ;l’école est un lieu où l'on peut le faire et; quand on a
des équipes éducatives qui savent le faire, on sait qu’on a des élèves, des
citoyens qui se comportent différemment
Nous on le mesure quand on
fait des équipes de prospective; quand on essaie de se projeter et de voir quels
territoires on voudrait, on a effectivement des lieux où des personnes sont
capables d’en entraîner d’autres dans des groupes à exprimer ce qu’elles
souhaitent, et puis des territoires où on n’ose pas le faire
C’est la grande différence
entre les territoires qui bougent et les territoires qui ne bougent pas ; les
territoires qui bougent sont capables de s’accorder, de s’entendre sur une
vision prospective.
Quelques mots encore en
termes de prospective ; quand on voit aujourd’hui comment sont conduites un
certain nombre de politiques alors que les enjeux dans 10 ou 15 ans nous
amèneront à reconsidérer complètement et autrement les problèmes de mobilité, de
transport, peut-être même les conditions dans lesquelles on va vivre; et quand
on voit la faiblesse de notre imagination par rapport à cela (au Québec, on va
parler de capital social du territoire), autrement dit on met bien en avant la
capacité des hommes à s’organiser et décider entre eux de ce qu’ils vont faire;
on voit bien tout ce que l’on pourrait projeter sur l’école pour faire
véritablement du développement local.
Un petit point à propos du
réseau : pour moi c’est un filet, un outil ; le problème dans un filet,
c’est de savoir quelle est la taille des mailles, qu’est-ce que l'on veut
amasser, qui trie les poissons et les chaussures, et enfin qui tient le filet ;
et ces réponses à ces questions, on les a dans le projet de territoire ; je
reviens toujours à ce projet de territoire, car c’est ce qui va donner du sens à
l’action
Et quand il y a un projet de
territoire cohérent, il peut y avoir des actions cohérentes au sein de l’école
comme à l’extérieur de l’école, comme autour de l’école, et on va bien trouver à
la fois, et construire en même temps, c'est cela qui est difficile, construire
en même temps la cohérence du tout et la cohérence de chaque action
Ce n’est pas un programme
qu’on défile ; on ne part pas du tout pour définir la cohérence de chaque action
avec le tout
On est bien entrain de se dire, voila ce que chacun souhaite, ce que chacun doit
faire, et c’est en construisant la cohérence de l’action de chacun, notamment
dans les discussions du Conseil de développement que l’on va construire la
cohérence du tout
Enfin, dernier point que
m’évoquait la question : c’est l’aspect défense ; effectivement lorsqu’il n’y a
plus d’école, il n’y a plus rien ; néanmoins, avant qu’il n’y ait plus
d’école.., peut-être qu’avant de défendre, il s’agit effectivement de faire
évoluer les choses, d’aller vers quelquechose d’autre
Je travaille actuellement
avec des Communautés de Communes en milieu rural qui se sont résolument et
activement engagées dans des regroupements pédagogiques dans lesquels chacun
retrouve son compte (au sens de chaque village, chaque partenaire de la
communauté éducative, mais aussi l’intercommunalité, parce qu’aujourd’hui on est
capable de faire des programmes dans lesquels on intègre la connaissance de
cette instance aujourd’hui qu’est l’intercommunalité et qui va prendre de plus
en plus de poids ; on a eu un débat déchirant autour de la construction d’une
piscine, qui s’est mise en place au moment d’un débat électoral ; voyez les
dégâts que cela peut faire sur un territoire ; le oui l’a emporté et maintenant
on est entrain d’analyser dans les écoles pourquoi on s’est déchiré sur la
piscine…
Là on voit vraiment le lien
qu’il y a tout d’un coup entre une politique locale et ces citoyens en herbe
qu’on est entrain de former
Je suis scandalisé (dans le
cadre de copies d’élèves de 15-16 ans), de voir la méconnaissance des élèves des
nouvelles instances territoriales (Communauté de Communes, Pays.. ; sauf pour la
Région parce qu’il y a le chèque livre)
Si l’on veut des citoyens
actifs et à capital social, on a véritablement à resituer l’école comme un
véritable levier du développement
Jean-Luc
Fauguet
Je crois que sur les
programmes, l’on retrouve la question de la fermeture de l’école avec des
programmes décontextualisés
Comment faire pour avoir à
la fois des écoles à peu près égales dans l’ensemble du territoire, des
programmes nationaux, et en même temps tout un tas de compétences pour
s’inscrire dans le développement durable du territoire.
Je n’ai pas de réponse, si
ce n’est quand même le projet d’établissement qui est censé faire le point sur
ce qu’est la spécificité de ce territoire, de cette école ; et les besoins
spécifiques de l’école, du collège par rapport à ce territoire ; donc là il y a
la possibilité, les conditions qui sont prêtes pour développer des petits
programmes autour de ces besoins évalués
Mais cela se fait encore de
manière modeste
Donc je serais beaucoup plus
positif sur cette deuxième partie de débat, car avant de dire que l’école peut,
doit être et est un pilier du développement durable, il faut savoir si l’école
rurale comme institution scolaire est une bonne école.
Eh bien là, la réponse est
oui ; c’est bien car on n'en était vraiment pas sûr ; là les discours à
l’emporte pièce toujours liés aux représentations et à l’histoire témoignaient
d’écoles rurales en décalage par rapport à ce qui existait ailleurs sur le
territoire, de résultats scolaires qui n’étaient pas très bons dans les écoles
rurales, ce qui arrangeait bien le ministère qui pouvait donc les fermer.
Eh bien, c’est faux : les écoles rurales on le sait par tout un tas d’enquêtes, et l’Observatoire le reprécise : l’école rurale a de meilleurs résultats en moyenne que l’école au niveau national ; et ce qui interroge dans notre panel qui couvre six départements, c’est que c’est le rural isolé qui a les meilleurs résultats (pour ce qui est des résultats scolaires) ; pour le reste, pratiques culturelles, estime de soi, c’est l’échelle départementale et aussi les classes sociales qui sont surdéterminantes par rapport au milieu.
Mais pour ce qui est des
résultats scolaires, non seulement l’école rurale réussit mieux, mais plus elle
est isolée, plus elle semble réussir
Avec un bémol pour les
classes uniques qui ont pour l’instant tendanciellement les moins bons résultats
de notre échantillon, mais par contre, elles restent encore au-dessus de la
moyenne
Donc ce sont les classes
multiniveaux qui dans notre panel ont les meilleurs résultats .
Donc c’est important, car si
l’on veut se servir de l’école comme un outil de développement du territoire, il
faut être sûr que l’école qui est censée donner des connaissances au citoyen
français est une bonne école en terme de performances scolaires
Et c’est le cas, donc il
faut les défendre telles qu’elles sont, et il faut surtout faire évoluer les
représentations des enseignants, ce à quoi travaille l’Observatoire, qui est
relativement bien placé (6 IUFM d’appartenance), essaie de développer des
formations, et d’abord de l’INFORMATION, car il se rend compte que les jeunes
enseignants ignorent la réalité des choses, ce qui génèrent une césure entre
lieu de vie privée et lieu de vie professionnelle et des stratégies d’évitement
du rural
.L’observatoire travaille à
montrer aux futurs enseignants que non seulement le rural n’est pas rétrograde,
mais qu’il a de meilleurs résultats et permet de pouvoir lier vie privée et vie
professionnelle.
Il y par ailleurs un gros
travail à faire au niveau des adolescents, qui souffrent d’un déficit d’estime
de soi en milieu rural dès leur arrivée au collège, ce qui n’existait pas à
l’école primaire ; déficit se traduisant par une modestie des ambitions et la
sous évaluation de leurs capacités scolaires sans aucun rapport avec leurs
performances réelles et largement préjudiciable
Cela nécessiterait pour y
remédier un travail commun entre les acteurs de l’école et du monde associatif
et autre..
Quand on parle de
développement territorial, et que l’on considère que l’école est un levier, on
ne peut faire abstraction des dimensions sociales et des difficultés économiques
et sociales sous-jacentes
On pense aux réseaux ; mais
sont-ils là pour capitaliser, mieux contrôler… ?
Lionel
Paillardin
Je voudrais bien que l'on
fasse la différence entre les réseaux pédagogiques tels qu’ils ont été initiés
par les instituteurs en milieu rural, pour développer la coopération entre les
écoles, stimuler les élèves, les faire travailler sur un sujet commun, les faire
se rencontrer dans le cadre de projets théâtre ou autre…, et les réseaux
administratifs tels que le Ministère est entrain de nous les vendre par la
nouvelle loi de décentralisation notamment les articles 86 et 87, qui va obliger
à une mise en réseau administrative avec un seul directeur pour 30 classes et
des regroupements à n’en plus finir et des fermetures qui doivent s’ensuivre
Si l’on est pour les premiers réseaux, on est contre les seconds ; on compte le faire savoir et l’on compte sur vous pour nous aider à relayer cette information.
Christian
Fournier.
Je viens du Congrès des
Maires.
C’est vrai qu’on a la
possibilité maintenant au niveau des communautés de communes de prendre la
compétence éducation, mais beaucoup d’élus hésitent.
Depuis 3 ans, le climat se
tend entre pouvoir central et collectivités locales ; car on a l’impression d’un
certain désengagement, et que l’on veut nous repasser le mistigri
Or nous sommes favorables au
principe du réseau, qui constitue une ouverture sur l’extérieur
indispensable en milieu rural ; les réseaux pédagogiques mis en place par les
instituteurs sont très importants
Mais tel ne semble pas être
l’objectif de ces mises en réseau
Dans la Creuse, les élus ont
appris la fermeture de leur perception par les médias
Nous sommes inquiets du
désengagement de l’état, et hésitons à prendre une compétence sans transfert des
moyens et sans garantie de péréquation ; les moyens risquant d’être attribués
uniformément selon le seul critère des effectifs d’élèves, et sans tenir compte
des réalités territoriales .
Nous pensons qu’il faut
donner plus à ceux qui ont moins, et notamment aux territoires dont les
effectifs sont dispersés sur un vaste territoire.. ; c’est une question de
solidarité nationale, dont la responsabilité revient à l’état
Nous trouvons par ailleurs un certain paradoxe à vouloir concentrer, imposant parfois 2 à 3 heures de trajet par jour aux enfants, alors que les nouvelles technologies nous offrent des alternatives..
Nous sommes pour des réseaux
permettant d’aller de l’avant, faire des choses différentes, exploiter les
possibilités offertes par les nouvelles techniques, faire des choses ensembles,
donner une nouvelle modernité au milieu rural.., mais attention, il faut
restaurer la confiance entre l’état et les collectivités locales, et on ne va
pas dans ce sens là pour le moment.
Et les jeunes, on leur fait
confiance ?
Michael
Garnier-Lavalley.
J’entends bien l’inquiétude
des élus ; C’est vraiment une réalité à la fois sur la question des compétences,
des réseaux et la méfiance à l’égard de l’appareil étatique sur ces questions
là.
On a la même difficulté sur
la question « Jeunesse » ; c’est une compétence qui n’existe pas et que les
collectivités sont conduites à prendre en charge de plus en plus, tout en posant
par ailleurs la question de leur légitimité et de leur capacité financière à
assumer cette responsabilité
Quand on parle de réseaux,
on se représente quelque chose de souple, qui permette l’échange de compétences…
et quand ils sont institutionnalisés par un appareil d’état ou par des
collectivités, en fait on récréé un système hiérarchique avec une tête de réseau
et des gens qui sont autour, et on voudrait que ça fonctionne de manière
souple, mais en fait avec le lien hiérarchique et des moyens, le réseau n’est
pas là
Donc j’entends parfaitement
ce que vous avez exprimé, car c’est exactement les discussions que j’ai avec des
élus de ce point de vue là.
Mais je voulais revenir sur
la question de comment les élus essaient de se poser la question différemment ;
comment ils travaillent la question éducative dans le cadre des conseils de
développement et projets de territoire; via les projets éducatifs territoriaux,
et comment, avec l’aide de l’état, ils arrivent à mettre en œuvre un projet
éducatif de territoire qui ne soit pas uniquement un projet entre la
collectivité et l’éducation nationale, mais qui soit aussi un projet partagé par
l’ensemble des acteurs éducatifs ; je pense à tout le système associatif et à
tous les acteurs complémentaires de l’école (cf la journée d’hier, dans le cadre
de laquelle notre Présidente Murielle Parcellier rappelait la nécessité du
travail en amont de définition du projet éducatif de territoire). Car ce n’est
pas le tout de parler de projet éducatif de territoire, ou de Contrat éducatif
de territoire, si derrière on n’y met pas une philosophie
Des élus le défendent
aussi : à savoir la construction de citoyens responsables, et à partir de là
comment l’ensemble des acteurs qui peuvent y participer, à savoir l’école, mais
aussi le secteur associatif, en complément, accompagnement, avant, pendant,
après l’école peuvent à la fois avec l’éducation formelle, informelle,
construire un projet cohérent qui permette d’avoir une intervention d’adultes
qui soit en cohérence, et sous des formes différentes avec le même objectif.
C’est la question à la fois
de la définition du projet, de l’établissement des moyens, parce que la
collectivité a des moyens, l’état a des moyens dessus au travers de l’éducation
nationale, et comment l’ensemble de ces moyens va animer ce projet de territoire
avec des convergences, des synergies et puis parfois aussi, aplanir un certain
nombre de difficultés parce qu’évidemment les relations entre les acteurs n’est
pas aussi simple qu’on veut bien le dire, à la fois dans l’éducation nationale,
dans les collectivités et dans le secteur associatif, il y a parfois des
résistances, il y a des projets qui peuvent absolument ne pas être partagés,
même concurrents, et comment par le dialogue, souvent animé par des
collectivités, on essaie d’avancer.
Et pour nous, en tant
qu’Anacej et Conseils des Enfants et des Jeunes, ce qui est important aussi,
c’est que ces projets ne soient pas uniquement des projets d’adultes; c’est de
faire en sorte que les enfants et les jeunes soient associés à la définition, la
mise en place et le développement du projet ; c'est d'en faire des acteurs,
surtout quand on a pour objectif la construction de citoyens responsables, et
qui ne soient pas uniquement des consommateurs de l’offre éducative qu’on va
leur apporter.
Et de ce point de vue là,
quant à la question de l’estime de soi au collège, on le revoit vraiment dans
les Conseils, qui sont des espaces autorisés mais dans lesquels il y a une
certaine reconnaissance de leur parole, dans lesquels leur parole va être
écoutée, et avec des conséquences, supposant une pédagogie active qu’ils ne
retrouvent pas forcément dans l’Institution scolaire; il y a une estime de soi
que l’on va retrouver.
Et ce qui est amusant, c’est
comment on les voit ensuite intervenir dans les Conseils de quartiers, parfois
en milieu urbain, parfois dans les Conseils de développement, pas tout le temps
parce qu’on a des difficultés dans les milieux plus ruraux, avec l’impression de
s’autoriser à parler au nom des autres, ce qui est difficilement le cas dans
l’Institution scolaire. On avait le débat hier avec les gens qui gère les CVL
(Conseils de Vie Lycéenne), et c’est vrai que là il y a peut-être des choses qui
se jouent aussi.
Merci, bonne analyse.
Petite précision : on est
toujours dans le schéma des compétences scolaires, et l'on est entrain pour des
questions sociologiques de parler éducation; ce qui est bien; il y a donc aussi
une dimension sociale, culturelle, économique et pas uniquement d’enseignement;
la loi n’autorise que ce qui est la compétence enseignement; un enfant sur le
territoire, quelque soit la manière dont il est venu, a le droit à
l’enseignement (nous sommes le seul pays au monde).
Par contre le droit à
l’éducation, c’est une revendication aujourd’hui
Et c’est vrai que les
Communautés de communes et d’agglomération prennent une compétence éducation
d’une manière je dirais « prise de pouvoir », qui est entrain de réguler le
pouvoir de la compétence normale de la Mairie ou autre en termes scolaires qui
peut faire qu’il y ait projet ou au contraire qu'il y ait difficulté.
L’état là-dessus n’a pas
voulu aller assez loin ; il est resté sur la compétence scolaire, alors que,
Michael en faisait état pour la Jeunesse, on a gardé les compétences classiques
y compris en termes d’institution ; en matière d’organisation publique, on a des
Ministères, voire des délégations interministérielles, mais en réalité la
construction est toujours celle de naguère ; on n’a pas bougé sur les
fondamentaux, alors que les problèmes d’éducation, de jeunesse, de
vieillissement, de territoire et de temps sont totalement différents.
Et là-dedans se bagarrent
les développeurs.
.
Pierre
Petitbout
Pour rebondir, je voulais
simplement signaler une expérience intéressante qui est conduite par le Conseil
général de Meurthe et Moselle sur la mise en place d’une politique Jeunesse
territorialisée
Cette politique là repose
essentiellement sur une prise en compte de projets de territoire à l’échelle de
communautés de communes
Elle associe les fédérations
d’éducation populaire et l’état, la région et le département, et se traduit
effectivement par la construction d’un projet éducatif Jeunesse avec toutes ses
composantes..
On a été amenés à leur
demande à évaluer cette politique là ; il y a des choses très intéressantes, et
comme partout d’autres choses qui coincent… il en ressort des actions
concrètes..
Chaque fois que l’on parle
de compétence, je me dis qu’il faut démystifier ce mot ; il est plein
d’ambiguïtés ; et notamment, quand on parle de la compétence éducation, si on
élu, et Monsieur le Maire l’a bien dit tout à l’heure, on y voit un problème de
moyens à gérer ; si on est parent d’élève, on y voit plutôt une politique
éducative à orienter
Et puis tout à coup, par
prudence, prudence que je salue Monsieur le Maire, on ne veut pas attraper la
compétence pour ne pas se retrouver avec le mistigri du financement sur les
bras, on laisse faire à d’autres, loin de nos préoccupations et contre les
principes de subsidiarité; on leur laisse faire le sens de la politique.
Alors, est-ce qu’on ne
pourrait pas démystifier
ce mot et relancer la question du débat public ?
Quand il y a un grand
équipement, on est obligé de faire un débat public. On ne va pas construire 100
kms d’autoroute sans faire un débat public
La Commission nationale des
débats publics a des modalités opératoires très strictes, mais l'on sait
aujourd’hui organiser des forum citoyens, jurys citoyens ; mettre en position
les acteurs de véritablement échanger, débattre sur un problème de fond
Je serais Président d’une
Communauté de communes aujourd’hui, j’organiserais très certainement un débat
public sur la compétence éducative, non pas pour savoir si on va se mettre des
moyens supplémentaires sur les bras, mais au moins pour se dire comment est-ce
qu’on voit l’éducation dans notre collectivité de demain et comment faire pour
que les acteurs puissent se mettre à travailler autour de cette question là
Et ça c’est mobilisateur.
Qu’est-ce qui mobilise les gens aujourd’hui, c’est de les mettre en capacité de
poser, porter les problèmes qui les concernent
A partir du moment où on
leur dit : laisser faire « c’est la mondialisation, et « on en parle pas à la
télé.. », il est bien évident qu’on n’est pas dans une démarche de mobilisation
Cette démarche de
mobilisation suppose que l’on se dise une fois pour toutes : on est capable de
poser les problèmes sur la table, de les porter collectivement sans que ce soit
pour autant une occasion de combat, de lutte de pouvoir ou de luttes intestines
ou de déstructuration sociale.
Au contraire, on a organisé
comme cela près de Rennes, un débat sur les ordures ménagères
A partir du moment où l'on
ouvre la possibilité à tout un chacun de se colleter au problème, de
véritablement l’attraper à bras le corps, à partir de là le bon sens revient et
l’intérêt général ressort de ce type de débat
Et c’est là qu’il y a un
acte de confiance à faire
Dernier petit
point : il faut des parents pour nourrir un enfant, un maître pour l’enseigner,
mais il faut un village pour l’éduquer
Effectivement, c’est
là-dessus que l’on trouve le lien entre le territoire et l’école
Jean-Luc
Fauguet
Tu me donnes la possibilité
de rebondir
Je travaille avec le Burkina
Faso et je dirais un mot sur cette question Education et enseignement à travers
les relations famille/école ;
Je suis au Burkina Faso des
écoles où il y a des associations de mères éducatrices.
Là ils sont en avance par
rapport à nous
Il y a des Association de
Parents d’Elèves (APE), mais qui ne regroupent que des hommes à contrario de
chez nous
Donc pour que vraiment
l’école soit partie prenante du village, puisque c’est une décision
ministérielle là-bas, on a tenté la mise en place de mères éducatrices, et cela
fonctionne tellement bien que les parents et surtout les mères sont là toute la
journée et discutent chaque semaine avec les enseignants de ce qui va se faire
dans la semaine, y compris des programmes et des activités.
Il y a aussi des ateliers
liés aux métiers existants, aux possibilité de débouchés (on est à l’école
primaire, donc là aussi du type de la projection, de l’inscription dans le
territoire, dans le professionnel ; il s’agit de trouver du sens dans ce lieu
qu’est l’école, dans les relations avec les enseignants, et moi je trouve
l’expérience aussi très enrichissante pour nous
Je milite sans état d’âme
pour que les malentendus entre culture familiale et culture scolaire soient
érodés, et pour cela se convaincre que cette césure évoquée au début de la table
ronde fait partie de l’histoire, et qu’on est sur le même bateau ; ce ne peut
pas être simplement par des réunions à l’initiative des enseignants et surtout
pas, ce mot est terrible car il continue d’exister : des convocations (je n'ai
rien contre la police.., mais ce n'est quand même pas un terme éducatif); il
faut donc bâtir des relations de forme plutôt contractuelle (2 contractants, et
non quelqu’un qui invite avec en réalité une fermeture de l’ordre du jour..); et
là où cela se passe, car cela se passe, il y a de plus en plus d’expérience en
ce sens, là où cela se passe, les résultats scolaires sot meilleurs.
Et puis les enseignants
restent ; c'est très net dans notre échantillon d’écoles rurales; les
enseignants disent tous leur sensation d’appartenir à une équipe éducative, ce
qu’on ne trouve pas en milieu urbain (je suis plus spécialiste des milieux
urbains défavorisés à Aix-Marseille, et je fais souvent la comparaison par le
biais de mes travaux dans le cadre de l’Observatoire avec ce qui se passe en
école rurale., tous ces indicateurs sont positifs pour ce qui est de l’école
rurale; le lieu, parce que le territoire est mieux circonscrit, il y a moins de
flou dans les lieux d’éducation, alors que dans les quartiers d’Aix-Marseille,
les gens sont déstructurés, ont du mal à savoir de qui ils dépendent, de quelle
institution sociale et éducative; alors que là, je pense qu’on peut aller plus
loin dans la relation parents/enseignants et bâtir véritablement une école qui
donnera du sens au fait de venir là
Par contre, si je suis très
optimiste pour l’école primaire, je le suis un peu moins pour le collège ; là on
sent bien (je suis d'accord avec ce qui a été dit), que c'est là que réside le
nœud du problème, que le sens de cette culture commune est loin d’être évident,
que c’est de l’ordre du débat public et du politique ; ça ne regarde plus, je
crois la communauté éducative ; on ne doit pas renvoyer ce fardeau là aux seuls
enseignants; c’est à la collectivité nationale de prendre en compte, au
parlement, grâce à des débats citoyens à organiser le plus rapidement possible,
la redéfinition de cette école obligatoire jusqu’à la fin du collège; c'est à
l’ensemble de la communauté, des villages, des collectivités territoriales - et
cela doit se passer, se préparer même si ce sera long et difficile - de
redéfinir la question de ce qu’on y apprend., de ce qu’on y fait de nouveau par
rapport à d'anciennes tâches qui étaient des tâches..stricto sensu d’instruction
; de dire si les compétences d’éducation dont on parle maintenant doivent être
prises en compte par le collège, et comment elles le sont, car elles ne peuvent
relever des seuls enseignants; ce ne peut être les enseignants qui décident de
cela ; on ne peut le leur demander, c'est trop difficile et on voit bien que
cela ne marche pas ; il faut qu’il y ait une décision politique, une
décis citoyenne là-dessus, et ensuite les professionnels, parce que ce sont des
professionnels, proposeront les programmes, les compétences..
Mais il faut que les marges
et le fond soient définis en termes politiques, je crois qu’on en est là
maintenant
Merci, en conclusion
l’institution ne peut constituer le seul levier
On a vu qu'il va falloir dépasser la dualité historique école/famille ; c’est ce qu’essaient de faire les élus; en jouant un rôle de médiation très souvent, ils se trouvent en porte à faux avec leurs électeurs qui sont des deux côtés, et notamment en milieu rural où l’on se connaît, où les rapports interpersonnels pèsent beaucoup
On a parlé d’école/instruction, de territoire social, de territoire éducatif.. Quelle est la bonne échelle de territoire, de compétence ou de structure en matière d'éducation et de jeunesse? Quelle forme de réseau?
Aujourd’hui on reste tout de même dans le schéma le Maire,
l’école etc.. ; les parents sont invités au mieux, mais ils ne sont pas les
co-propriétaires de l’école, ce qui pose quelques problèmes qu’il va bien
falloir surmonter
Est-ce qu’on va avoir une
école qui va devenir maison de l’éducation participative, maison du peuple en
définitive, ou est-ce qu’on va rester dans l’enceinte scolaire, et il n’y aura
que le débat effectivement participatif le plus large qui déterminera.., et je
dirai sur la fonction, la partie des contenus pédagogiques de type socle commun
qu’il y a aujourd’hui, je dirai le rôle de la nation, c’est de savoir quelle
intention elle donne à la structure, ce n’est pas de rentrer dans les moyens, ne
nous trompons pas de fonctionnement.
Sur ce qui vient d’être dit
en conclusion, quel est votre sentiment ?
L’école est-elle un levier,
quels sont les verrous, quelles mobilisations voyez-vous, non pas uniquement
pour défendre car je ne pense pas qu’un projet de société soit ou sur la
résistance, ou sur la défense
Il est sur la projection ;
le problème est qu’on a du mal à se projeter derrière, parce qu’effectivement,
on a des réponses au jour le jour, des situations qui évoluent rapidement; on le
voie bien par exemple pour ce qui est de l'approche LMD qui diffère selon qu'on
est enfant de Neuilly ou enfant de Gennevilliers, où là, on fait la 1ère
année, et après on verra (il n'y a pas de projet derrière) ; notre
responsabilité d’adulte est de créer ces conditions là et pour l’instant, c’est
dur
****
Monique Roffat,
représentante de l’école rurale au niveau du Finistère et par ailleurs militante
de base depuis très longtemps FCPE, engagement de parent et maintenant d’élue,
adjointe aux affaires scolaires sur ma commune
Je me trouve un peu au
milieu de tout ce qui est dit ici avec un questionnement sur le débat public,
peut-être, le forum citoyen sûrement mais avant toute chose, il me semble qu’il
serait temps de ne pas faire pour, de ne pas faire sur, mais de faire avec les
personnes qui sont là ; et permettre aux parents puisque c’est eux au départ les
initiateurs de l’éducation des enfants.., de redonner la parole aux parents, de
leur permettre de redevenir compétents en matière d’éducation, non seulement
pour leurs enfants, mais aussi collectivement.
Sur ma commune, on a un
contrat enfance avec la CAF, un contrat temps libre. J’ai été Présidente des
Parents d’élèves du collège de secteur, donc j’ai toutes ces approches en tête..
je pense que le projet doit repartir de la base, et la base ça se construit avec
les parents.. entre autres, et les acteurs locaux de base, qui sont dans les
communes, les acteurs associatifs, enseignants .
Donc pour moi, il est urgent
de prendre le temps toute cette approche
Marc .Thillerot :
je représente
l’AMRF (Association des Maires Ruraux de France), bien que chargé de mission
dans le domaine des TIC ; j’ai été aussi Maire pendant 30ans, dans une commune
rurale à classe unique, qui vit encore, que j’ai défendue avec l’aide des
parents mais aussi du Conseil municipal, « bec et ongles » et qui a résisté (et
ne résistera peut-être pas longtemps, car ce n'est pas la priorité du nouveau
conseil municipal)
Ce que je voudrais dire
d’abord, et je m’adresserai au sociologue quant à l’histoire de la
dévalorisation
Cela m’avait déjà
interpellé. Qu’est-ce qu’on mesure dans la dévalorisation ? lorsqu’un élève veut
faire menuisier, et qu’on détecte qu’il a les compétences pour faire un bac + 5,
vaut-il mieux faire un menuisier heureux, ou un bac + 5 qui va gérer une caisse
dans un super marché ?
Comment on mesure, puisque
j’ai eu le cas dans ma carrière professionnelle ? (ayant enseigné en collège,
après avoir été instituteur)
Mais je voudrais aussi
revenir sur les propos de Christian Fournier; je suis tout à fait d’accord : il
y a effectivement réseau et réseau ; en filigrane de tous les discours, quid du
service public ? car il ne s’agit pas seulement de réorganiser l’école ; il y a
aussi l’implication de l’état.
On sent très bien que pour
le milieu rural, l’état se désengage, sous le prétexte fallacieux que la petite
école marche moins bien ; heureusement que des chercheurs ont prouvé le
contraire et permis d’attaquer les décisions des autorités académiques
On est tous d’accord pour
travailler en réseau, y compris les élus ruraux, qui se rendent bien compte que
chacun dans leur coin, ils ne vont pas réinventer l’eau chaude, et qu'ils ont
besoin de travailler en collaboration, coopération.
Donc pourquoi ne pas le
faire aussi au niveau des écoles ? Mais, et c’est là qu’on sent très bien
derrière l’intention louable, la volonté de refiler le bébé ; et en particulier
dans le domaine de tout ce qui touche aux activités périscolaires: combien de
fois on a vu les autorités académiques dire « on ne peut vous fournir
l’enseignement des langues etc.. ; si vous étiez regroupés, ce serait mieux, ou
alors vous payez », ; mais n’y-a-t-il pas risque justement dans ces réseaux
lorsqu’ils vont être organisés que l’on donne un quota d’enseignants aux
intercommunalités, selon un critère uniforme, à charge pour les élus de se
débrouiller pour le reste ; cela existe déjà dans d’autres domaines, avec un
risque de disparités entre les territoires qui pourront et ceux dont ce ne sera
pas la priorité.
Vous avez parlé des pays.
Qu’est-ce que les pays ? cela peut regrouper un territoire pertinent sur le plan
géographique.. mais quels sont les territoires qui se recoupent et quels sont
les pouvoirs du pays ? notamment sur le plan du fonctionnement, qu’a-t-il comme
possibilités financières pour fonctionner : il n’en a pas .
Alors, les
intercommunalités, communautés de communes, on mise beaucoup là-dessus, mais là
encore, quid de la représentation des citoyens ; comment sont élus les
représentants dans une communauté de communes? qui vote les impôts dans une
Communauté de communes ? comme les informations sont-elles retransmises aux
citoyens de base, et donc aux habitants que l’on voudrait faire participer pour
l’école ? comme est-ce qu’on va admettre (vous avez parlé d’une piscine tout à
l’heure ; et bien oui parce qu’en général, les éléments structurants, on les
fait là où il y a la concentration démographique la plus importante.. Là aussi,
il y a beaucoup à faire
Depuis le temps que l’on
travaille là-dessus, il est évident que l’école n’est qu’un aspect particulier
en milieu rural, tout en sachant bien que ce milieu rural est entrain d’évoluer
énormément, ne serait-ce que par le transfuge que l’on peut remarquer y compris
dans le rural profond, de gens qui viennent de l’extérieur et qui ont parfois
des mentalités urbaines, mais qui ont aussi parfois aussi des mentalités
nouvelles, mais parfois très assises et anciennes, sans compter les apports de
pays européens voisins, et de gens qui sont entrain de modifier un certain
nombre de positions
C’est peut-être là une
richesse nouvelle qui va au contraire nous permettre de modifier des structures
basées sur des représentations différentes ; je pense que tout apport même
difficile, c’est toujours une richesse si on en considère les potentialités
Donc c’est bien de cela
qu’il s’agit en définitive ; c’est un problème de rapport
Quant aux moyens en
définitive, vous parliez des moyens des loisirs périscolaires et autre, que ce
soit en milieu rural ou en milieu urbain, il n’y a pas plus d’argent dans un CEL
dans un cas que dans l’autre
La grande différence, c’est
que dans les milieux urbains et quartiers difficiles, il y a une histoire du
partenariat « politique de la ville » qui a maintenant un certain nombre
d’années, tant et si bien qu'on arrive à avancer un peu ; qu’en milieu non
urbain, il y a encore une pratique différente
Mais l’un pourra profiter de
l’expérience de l’autre ; je me souviens du festival de la ville à Créteil, du
temps de M Bartolone, et du témoignage de Conseils de Jeunes de Toulouse Mirail
qui avaient invité des gamins de Lablanet.. il y avait là un travail formidable,
les gens commençant à se comprendre et non à se rejeter, et c’est là que ça a
commencé à se construire, et c’est par les jeunes que ça a commencé à se
fabriquer
Intervenante dans la salle :
institutrice, responsable
syndicale, militante associative, parent d’élève ; je suis venue à ce débat que
j’ai découvert par hasard ; je viens d’un département particulièrement concerné
par l’école rurale : la Haute Corse ; le chiffre de l’Inspection Académique il y
a quelques jours : 58% des écoles ont de 1-3 classes ; donc c’est effectivement
un maillage du territoire qui est quand même resté car la Corse est une île
faite de pleins d’îlots très inaccessibles en particulier l’hiver du fait de
l’enneigement dans notre département..
L’ensemble des partenaires
est très inquiet de la prochaine carte scolaire ; au CDEN de « rentrée » en
octobre, malgré une hausse des effectifs, l’IA considère qu’on n’aura pas de
création de poste et cela va très clairement, vu ce tissu d’écoles, poser la
question ou des sureffectifs, ou des fermetures de classes (fermer les écoles
puisqu’un quart sont des classes uniques)
Moi je crois que les enjeux
aujourd’hui de projet de territoire ne sont hélas pas des raisons ni des motifs
d’espérer sauvegarder ce maillage du territoire dans les écoles ; on est très
inquiet quelque soient les projets ; les situations sont très inégales ; il y a
effectivement des micro-régions qui ont mis en place de vrais projets de
territoire ; ce n’est hélas pas suffisant pour sauvegarder des écoles ; il est
évident que là où il n’y a aucun projet, ce sera encore pire si ce n’est que
parfois on voit apparaître alors là d’autres méthodes qui n’ont plus rien à voir
ni avec les programmes ni avec les projets....je ne ferai entre autres aucun
commentaire sur la répartition de la violence entre milieu rural et milieu
urbain..
Je crois qu’on est beaucoup
plus face à une volonté économique, budgétaire de rentabiliser ; c’est la
disparition des services publics, le désengagement de l’état pour des raisons
profondément économiques et dans lesquelles les citoyens, que ce soit à titre
individuels ou organisés en syndicats n’arrivent plus à faire entendre leur voix
Actuellement, ce sont les
enjeux des quelques mois à venir ; la loi d’orientaion risque de nous donner un
tableau très noir ; et là je reconnais qu’effectivement les collectivités
locales ont raison d’être très prudentes parce qu’il serait difficile une fois
effectué le transfert des budgets et des missions aux collectivités, c’est vrai
que très clairement il reviendrait aux collectivités le sale boulot de dire « on
n’a plus les moyens, on ferme »
Aujourd’hui, l’état ce n’est
pas qu’il n’a pas les moyens, c’est qu’il ne veut pas mettre les moyens auprès
des enfants en premier, de la jeunesse, car cela a beau être l’avenir pour
l’ensemble du monde, c’est un avenir qui ne rapporte aucun profit à court terme
J’ai peur qu’on soit dans
une urgence ; programme/projet ça c’est sur le moyen et long terme, mais qu’à
court terme, il y ait une négation de ces aspects
Lionel
Paillardin
Je voudrais confirmer ce que vous dites ; il faudrait que cela reste entre nous ; mais au mois de février lorsque nous avons été reçus par M Thélot, il nous a quand même dit quant à la compétence scolaire qu’un jour ou l’autre les enseignants seraient payés par les collectivités locales.